Marchés Financiers

Faut-il croire à un krach boursier en 2016 ?

Depuis le début de l’année les bourses occidentales ont perdu environ 7%, un début d’année plutôt mauvais voire catastrophique qui a plongé le monde de la finance dans une perplexité totale. D’autant que 2008, c’était il y a 8 ans, a peu près la durée d’un cycle économique. Entre ceux qui annoncent une crise financière majeure en 2016 et ceux qui au contraire font le dos rond et prédisent un rebond, qui croire ?

Quels résultats pour les entreprises américaines ?

La finance a beau être folle et agir de façon totalement irrationnelle au jour le jour, elle finit toujours par se raccrocher aux résultats des entreprises. On a tendance à sous-estimer le rôle des dividendes dans la rentabilité d’une action, mais il reste fondamental. Tous les investisseurs décortiquent donc avec soin les résultats trimestriels et annuels.

Outre un secteur énergétique en pleine déconfiture, c’est le dollar fort qui freine les exportations. Pas d’euphorie donc, mais avec un taux de chômage à 5% aux États-Unis, la probabilité de chiffres catastrophiques semble exagérée. Pas de croissance à deux chiffres mais pas de quoi s’alarmer non plus. Les bénéfices seront probablement en baisse au 4ème trimestre, les analystes de JP Morgan prédisent -6,7% pour le S&P 500,  mais sur l’année la tendance devrait être bien meilleure. Lors de la présentation de ses résultats hier, le PDG de JP Morgan a annoncé lui des profits et un CA records, estimant dans ces conditions qu’il serait forcément difficile de faire mieux. Pour Jamie Dimon, en revanche il n’y aura pas récession cette année.

(Citigroup et Wells Fargo viennent également de publier de très bons résultats au moment ou j’écris)

Les bourses peuvent-elles craquer sous les risques chinois et émergents ?

Si certaines entreprises affichent des performances solides, d’autres s’en tirent beaucoup moins bien. En particulier dans le secteur de l’énergie. Forcément avec un baril de pétrole à 30$, tout le secteur dégringole. Le ralentissement chinois a fait chuter toutes les matières premières de 20% à 40%. Pour le moment seul les secteurs énergétiques et miniers sont touchés mais la crainte serait que le ralentissement ne touche tous les secteurs: l’automobile ou la Chine est devenu le 1er marché mondial, les biens de consommation, les téléphones…. Ajoutez à cela une confiance toute relative dans les statistiques chinoises et un effet d’entrainement sur tous les pays producteurs de matières premières (Australie, canada, Brésil, Russie, Afrique du Sud….) et vous avez le cocktail idéal pour alimenter  les peurs d’un ralentissement mondial qui finirait par toucher les entreprises américaines. Les investisseurs auraient  retiré 12,4 Md$ des fonds de placement la semaine dernière.

En clair, une fois que la peur prend le dessus, même de bons chiffres peuvent être interprétés négativement. Intel par exemple a publié des chiffres très honorables pour une entreprise en pleine transition (marché des PC en forte baisse), avec un meilleur dividende que prévu. Résultat, l’action chutait de 5% à la clôture. Pourtant lors de la conférence post earnings avec des analystes, le PDG aurait dit s’attendre à un léger ralentissement en Asie mais à une croissance de 5% à 10% en 2016. Que demande le peuple ?

Il est encore trop tôt pour se faire une idée quant à l’ampleur du ralentissement chinois et des résultats d’entreprise mais la peur semble belle et bien démesurée. Un avis partagé par Howard Mark, l’analyste d’Oaktree Capital souvent décrit comme l’analyste préféré de Warren Buffet et qui revient longuement sur l’irrationalité des marchés financiers dans sa dernière note (un concentré d’intelligence et de bon sens) :

“I don’t mean to suggest there aren’t a lot of things to worry about (…) It’s just that everybody’s interpreting everything negatively these days.”

 

 

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Pour Howard Mark, les marchés réagissent majoritairement de manière émotionnelle alors que les chiffres suggèrent des liens plutôt limités entre les économies occidentales et l’économie chinoise. Quant au prix du pétrole, il estime qu’à moins d’être une entreprise pétrolière, la baisse est une bonne nouvelle pour les consommateurs et donc la plupart des entreprises.

« The bottom line is that investor psychology rarely gives equal weight to both favorable and unfavorable developments.  Likewise, investors’ interpretation of events is usually biased by their emotional reaction to whatever is going on at the moment.  Most developments have both helpful and harmful aspects.  But investors generally obsess about one or the other rather than consider both »

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Fear is back, un bon signe ?

Ces derniers jours, tous les optimistes de la place se raccrochent à l’adage « Bull markets climb a wall of worry … and flame out in euphoria ». En clair, un marché méfiant est relativement sain et continue à monter. Quand l’euphorie est généralisée, que la croissance économique pousse les particuliers à rentrer dans le jeu, à s’endetter (2008) ou à boursicoter (1929), le pire est à venir. On en est encore loin. La question serait finalement de savoir quand le plein emploi aux États-Unis va-t-il entraîner les salaires à la hausse et déclencher  l’euphorie des millions d’américains frustrés par 7 ans de vaches maigres.

A ce moment là, il sera peut-être temps de s’inquiéter.

Pour le moment, la baisse conséquente des marchés financiers en ce début d’année, n’est pas forcément le signe d’un krach généralisé, ni d’une crise économique majeure aux États-Unis mais un bon exemple de la façon dont réagissent les marchés financiers : Le chômage  est au plus bas, les revenus des entreprises au plus haut, l’exposition à la dette chinoise contenue, le pétrole bon marché et pourtant les marchés paniquent. BIENVENU EN BOURSE !

 

 

 

 

 

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