Chroniques

L’insolente réussite de Matteo Renzi

C’est avec envie et admiration que François Hollande doit probablement projeter son regard de l’autre côté des Alpes. Depuis sa nomination, Matteo Renzi réussit tout ce qu’il entreprend. Après avoir réussi à transformer le marché du travail en introduisant un projet qui ressemble aux fantasmes scandinaves de Manuel Valls, il a présenté hier son budget 2016. Un budget ambitieux qui fait fi des injonctions austères de Bruxelles. A l’inverse de la plupart de ses partenaires européens, le déficit italien augmentera l’année prochaine, passant de 1,8% à 2,2%. Un pied de nez infligé à Bruxelles qui pourrait en plus passer en douceur. Le Florentin se justifie en effet grâce aux réformes structurelles qu’il a enclenchées. Pire pour François Hollande, Matteo Renzi a les chiffres pour lui. La croissance a été légèrement revue à la hausse pour ces deux prochaines années, +0,2 pts. Surtout, le chômage baisse. Il vient de passer sous le seuil symbolique des 12%.

45 milliards d’euros de baisses d’impôts

Au programme pour 2016, des baisses d’impôts tous azimuts. Suppression de la taxe foncière sur les résidences principales, baisse du taux d’impôt sur les sociétés, il passera de 27,5% à 24%; enfin d’importants crédits d’impôts dans le BTP sont à prévoir. En tout 45 milliards d’euros de baisse sur 3 ans. Le tout financé par des coupes dans les budgets des ministères et par le déficit. Hollande en rêvait, Renzi l’a fait.

Renzi, l’illusionniste

Arrivé au pouvoir en février 2014, Matteo Renzi bénéficie aussi des réformes initiées par son austère prédécesseur, l’impopulaire Mario Monti. Principal fait d’arme la réforme territoriale. De plus, les baisses d’impôts accordées par Renzi sont comparables à celles que François Hollande a accordé aux entreprises françaises via le CICE. Seule différence, les analystes présentent ses baisses d’impôts comme historiques et saluent un budget de relance pertinent. Enfin, le premier ministre italien a l’intelligence de ne pas affronter Bruxelles de front. Il respecte la principale règle d’un déficit public sous les 3% mais viole toutes les autres, en particulier l’effort de réduction du déficit structurel et de réduction de la dette. Des critères obscurs introduits dans la nouvelle version du pacte de stabilité. Des critères que presque personne ne comprend et qu’il est impossible d’expliquer clairement aux opinions publiques européennes. Matteo Renzi se joue des règle européennes avec finesse et Bruxelles devrait donc fermer les yeux sur ses largesses. Le Florentin reste ainsi fidèle à sa réputation.

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Crise de la dette

Austérité : Le FMI tente d’infléchir la stratégie européenne

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Le message de Christine Lagarde aux Européens. La directrice générale du FMI et les différents économistes de l’institution se sont relayés cette semaine pour marteler un message simple : il est peut-être temps de mettre un frein à la stratégie européenne actuelle d’austérité généralisée. Les pays qui peuvent se le permettre doivent différer certaines coupes budgétaires car les objectifs chiffrés établis ne seront de toute façon pas tenus. En clair, le FMI est inquiet et redoute que l’orthodoxie budgétaire demandée par les marchés financiers et par les pays du Nord de l’Europe n’aille trop loin. Le message est clair et l’inquiétude légitime car pour le moment, les résultats ne sont pas bons. Les politiques de rigueur permettent de réduire substantiellement les déficits mais les dommages causés sur la croissance sont considérables et retardent le retour à l’équilibre des comptes publics

Christine Lagarde au chevet de la Grèce. En Grèce, Les autorités font état de chiffres proches de 7% de déficit soit bien plus que les 4,7% prévus par le FMI pour l’année 2012, sans perspectives d’amélioration à court terme. Pour bénéficier de la prochaine tranche d’aide de 31,5 milliards d’euros, la Grèce doit convaincre la Troïka que le plan de réformes établi est toujours en cours et qu’il sera tenu. Le chômage approche les 25% et le gouvernement doit encore trouver 13 milliards d’euros d’économies d’ici à 2014. Un délai impossible à tenir pour le gouvernement Samaras qui tente désespérément de convaincre ses partenaires européens, Allemagne en tête, d’obtenir 2 années supplémentaires. Angela Merkel en visite à Athènes  mercredi était attendue au tournant. Sa visite n’aura été que symbolique. La chancelière a salué « les progrès accomplis » par la Grèce sans s’exprimer sur les revendications de Mr Samaras. C’est donc Christine Lagarde qui s’est sentie obligée de rappeler les Européens à l’ordre. Chiffres à l’appui, elle a exprimé son inquiétude sur la stratégie européenne de sortie de crise.  Elle s’est exprimée publiquement et de manière très explicite pour «donner deux années supplémentaires pour que la Grèce réalise son programme d’ajustement budgétaire». Une victoire pour Antonis Samaras et un avertissement pour Angela Merkel et la Commission Européenne. Malgré les efforts, le FMI prévoit un déficit de 3,4% du PIB en 2014, bien loin des 2,1% prévus par la Troïka.

Position identique sur l’Espagne. Depuis le début de la crise, le gouvernement annonce plan d’austérité sur plan d’austérité sans parvenir à enrayer durablement  la hausse de ses taux d’emprunt sur les marchés. Pour le FMI, les objectifs de déficit ne seront pas tenus. Initialement prévu à 6,5% en 2012 et 4,5% à la fin de l’année 2013, l’institution table elle sur 7,4% (en incluant l’aides aux banques) et 5,7%.  Le gouvernement prévoit également une récession de 0,5% alors que la plupart des analystes prévoient une croissance entre -1,2% et -1,6%. Les économistes du FMI tablent eux sur -1,3%. Là encore Christine Lagarde a essayé d’infléchir la stratégie européenne en demandant plus de temps pour l’Espagne.

Pas d’allègement du plan d’austérité en Grande-Bretagne malgré les inquiétudes du FMI. « Les temps sont difficiles pour l’économie. Ce que dit le rapport du FMI est conforme à ce que disent d’autres prévisionnistes qui ont déjà indiqué que la croissance allait être décevante dans l’ensemble de l’Europe cette année. « Nous savons cela », a dit David Cameron à la BBC. Appelés à différer certaines coupes budgétaires en cas de faible croissance, le gouvernement Cameron et son Ministre des Finances George Osborne font la sourde oreille. Au Royaume-Uni, les 120 milliards d’euros de coupes budgétaires décidées par le gouvernement Cameron après sa prise de fonction en mai 2010 ont été appliquées avec soin. Cette semaine, George Osborne a donc confirmé les chiffres publiés le 21 septembre dernier par l’Office for Budget Responsability : 15 milliards d’économies supplémentaires pendant 3 an seraient nécessaires pour respecter les objectifs de réduction du déficit. Cela signifie un retour à l’équilibre en 2018 soit 3 années de rigueur supplémentaires, ce qui porte le total à 8 ans.

En France, l’objectif de ramener le déficit à 3% d’ici 2013 jugé trop optimiste. Le 23 septembre, Claude Bartolone affirmait que Bruxelles et José Manuel Barroso devaient se poser la question de la faisabilité des 3%. Selon lui, « on ne peut pas demander le même effort aux pays européens lorsqu’il y a de la croissance et lorsqu’il n’y en a pas ». Pour le chef de file des socialistes à l’Assemblée, l’objectif est « intenable », ajoutant « mais je ne souhaite pas que ce soit la France qui donne l’impression de ne pas tenir ses engagements et sa parole parce que nous aurions à le payer cher au niveau de la gestion de notre dette et de l’effort financier ». Cette semaine, ce sont les économistes du FMI qui ont montré leur incrédulité en affirmant « qu’il est naturel qu’un gouvernement nouveau veuille gager sa crédibilité sur des objectifs chiffrés» pour ajouter que les prévisions pour la France établissaient le déficit à 3,5% en 2013.

Changement de position radical pour le FMI. Il y a un an, l’institution était encore l’un des principaux porte-drapeaux de l’orthodoxie budgétaire. Dans son rapport WEO (World Economic Outlook) de l’année dernière, les Européens étaient invités à se serrer la ceinture et à mettre en place au plus vite des plans de réduction drastiques de leurs déficits. Aujourd’hui les économistes du FMI ne sont plus aussi sûrs d’eux. Les effets dévastateurs de l’austérité auraient été minimisés car « les effets multiplicateurs » s’avèrent bien plus élevés que prévus. Prenant acte des mauvais chiffres, Christine Lagarde a affirmé à Tokyo  « qu’il est parfois mieux, étant donné les circonstances et le fait que de nombreux pays ont mis en place les mêmes instruments de politique économique pour réduire leur déficit, de se donner un peu plus de temps ». Une façon de dire que lorsque tout le monde coupe dans les dépenses en même temps, l’ajustement est plus douloureux et plus long. Or plus l’austérité est longue, plus le risque qu’elle s’avère contre-productive est élevé. C’est dans cette logique qu’elle demandait « aux économies qui possèdent une marge de manœuvre suffisante, de ralentir les ajustements prévus ». Qu’a t-il bien pu se passer au sein de l’institution pour assister à un tel revirement de situation ? Tout en modifiant la position du FMI sur le sujet, Christine Lagarde est allée plus loin puisqu’elle a remis en cause la stratégie européenne actuelle. Au sein de l’institution de Washington, il est très probable que les tenants de l’orthodoxie budgétaire aient perdu de leur influence ces derniers mois.

L’Allemagne et le rôle de la BCE toujours en question. Les chiffres du FMI confirment ce que tout le monde pressentait. L’effort d’ajustement sera beaucoup plus long que prévu en particulier lorsque les pays s’engagent sur cette voie simultanément. Il réalise que seules les réformes structurelles porteront réellement leurs fruits et que les gouvernements ont besoin de temps pour les mettre en place. Les déficits publics risquent de demeurer élevés pendant encore plusieurs années. Dans ce contexte, le recours à l’emprunt massif semble inévitable, que ce soit pour payer les intérêts de la dette ou pour maintenir un certain niveau d’emploi et de prestations sociales. Seuls les pays dont les taux d’intérêt se maintiennent à des niveaux raisonnables pourront alors poursuivre leur politique d’ajustement sans demander de l’aide, c’est à dire sans l’intervention de la BCE ou d’un plan de sauvetage. La question pour les dirigeants européens est de savoir si les pays en difficulté n’ont pas atteint le seuil de tolérance maximum à l’austérité. Le risque que les effets des fameuses conditions d’intervention  fassent plonger les économies en difficulté doit être posé. On comprend dès lors que Mariano Rajoy joue la montre. Il n’y a que deux possibilités aujourd’hui : soit les gouvernements des pays épargnés acceptent de  ralentir l’ajustement budgétaire pour jouer le rôle de moteur économique et  permettre à leurs homologues du Sud de se relever, soit l’Allemagne assouplit sa position sur les efforts nécessaires pour bénéficier du programme de rachat de dettes souveraines.

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