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Les questions derrière l’augmentation du taux d’intérêt américain

Mercredi, la grande majorité des acteurs économiques auront les yeux rivés vers la Réserve Fédérale américaine. Sauf surprise et à moins qu’elle ne souhaite totalement décrédibiliser sa parole, elle devrait augmenter son principal taux d’intérêt pour la première fois depuis la crise des subprimes de 2008.

Pourquoi est-ce important ?

Des théories économiques obsolètes, une incertitude totale….

Si la décision est autant commentée, analysée, disséquée par les observateurs du monde entier, c’est qu’elle soulève de nombreuses questions qui alimentent à leur tour des débats enflammés entre économistes, financiers et politiques.

Car avec la crise des subprimes, les américains ont du inventer une politique monétaire inédite et à très grande échelle. Les modèles économiques traditionnels sont petit à petit devenus obsolètes, incapables d’expliquer certains phénomènes économiques qui sont apparus ces dernières années.

Conséquence, l’impact d’une hausse des taux sur l’économie américaine et sur les marchés financiers demeure très incertain. Les avis divergent entre experts et la marche à suivre aujourd’hui fait débat. Pire l’incertitude est totale au moment où, 7 ans après la crise des subprimes,  beaucoup pressentent l’arrivée de la prochaine crise financière.

La hausse va-t-elle provoquer (ou éviter) un krach boursier ?

C’est la première inquiétude et en même temps la principale raison pour relever les taux d’intérêt aujourd’hui.

Un inquiétude car cela marquerait la fin du boom des actions et le retour en force des obligations. Un changement de paradigme financier qui pourrait faire des victimes parmi les acteurs du monde de la finance qui devront modifier leurs stratégies. Le risque systémique n’est jamais loin et à ce petit jeu, les pays émergents, endettés et en souffrance  avec la chute des matières premières, apparaissent comme le détonateur idéal.

Une obligation également car avec un taux d’intérêt à 0%, l’argent coule à flot depuis des années et alimente forcément de mauvaises décisions d’investissement et donc des bulles financières. Depuis 2 ans les avertissements des financiers se font de plus en plus pressants. Difficile en effet d’anticiper le comportement de certains produits financiers à risque. Premiers concernés, les ETFs synthétiques qui se sont énormément développés depuis 2008.

Pourquoi l’inflation est-elle toujours nulle malgré les milliards déversés dans l’économie ?

C’est LA question que se posent tous les économistes du moment et qui les inquiète au plus haut point. Car en théorie, vu le niveau de croissance de l’économie américaine et les milliards injectés dans l’économie (taux à 0% et rachat d’actifs par la Fed), l’inflation aurait du repartir. Or elle est toujours bloquée à 0%. La baisse des cours du pétrole et la stagnation des salaires expliquent une partie du phénomène mais une partie seulement.

Vieillissement de la population VS excès d’épargne en Allemagne et en Chine

Les grandes figures du monde économique comme Larry Summers ou Ben Bernanke avancent chacun leur théorie mais aucune n’est totalement convaincante.

  1. L’ancien secrétaire d’État au Trésor américain Larry Summers parle de « secular stagnation »: un cycle de faible croissance et donc de faible inflation. Un cycle lié à une demande trop faible elle même provoquée par le vieillissement de la population dans les pays riches.
  2. Pour l’ancien patron de la Fed, Ben Bernanke, la croissance molle serait temporaire et liée au niveau d’épargne mondial. Pour faire simple, dans sa théorie du « saving glut », quand les Allemands et les Chinois arrêtent d’investir ou de consommer pour épargner, la croissance chute tout en augmentant les risques de bulles financières.

Summers et Bernanke s’affrontent par articles de presse et conférences interposés mais ils sont le symptôme du désarroi général des élites économiques. Incapables d’expliquer les conséquences de la politique monétaire mise en place dans l’urgence de 2008 et dont le retour à la normal fait peur.

La hausse des taux d’intérêt est-elle la cause ou la conséquence de l’inflation ?

Dans la théorie traditionnelle, c’est en jouant sur le taux d’intérêt que l’on influe sur la masse monétaire en circulation et donc sur l’inflation. Pour expliquer la faible inflation observée aux États-Unis malgré un taux de 0%, certains ont développé l’idée que le mécanisme fonctionne en réalité dans l’autre sens.

Le taux d’intérêt fonctionnerait comme un signe de confiance. En l’augmentant, la banque centrale prouverait que l’économie est solide, provoquant en cascade l’optimisme des financiers, des entreprises et des particuliers poussés à investir davantage, tirant au final l’inflation vers le haut.  C’est le raisonnement qui pousse certains économistes à militer pour une hausse des taux.

Quel impact aux Etats-unis ?

Si vous êtes aux États-Unis, le coût de vos crédits va forcément augmenter, après tout dépendra de l’ampleur de la hausse et de la rapidité avec laquelle la prochaine sera décidée.  Le cours des actions américaines risque en revanche de souffrir ces prochains mois.

Quel impact ailleurs dans le monde ?

Côté européen, la conséquence immédiate sera probablement une nouvelle baisse de l’euro par rapport au dollar. Renforçant par conséquence les actions des entreprises européennes exportatrices, en particulier les plus actives aux États-Unis. La politique monétaire de la BCE restant inchangée, il n’y aura aucune conséquence pour les prêts immobiliers ou les dettes souveraines de la zone euro.

Dernier point et peut être le plus inquiétant, les bourses et les monnaies des pays émergents risquent quand à elles de plonger. Brésil, Afrique du Sud, Chine et Russie en tête.

Pour aller plus loin:

 

 

 

 

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Chroniques

Pourquoi est-il important de fixer un prix au carbone ?

C’est probablement le sujet le plus important mais aussi le plus complexe que les États devraient traiter et pourtant il ne fait pas partie des objectifs officiels de la COP21.

Faute d’ambitions sur ce sujet, on voit mal comment les engagements qui seront pris à Paris pourraient être contraignants. Que la mobilisation soit pour une fois unanime et financée en partie par le fameux Fonds Vert et les initiatives des milliardaires du monde entier, c’est bien, mais c’est toujours insuffisant.

« Ce que l’on ne paie pas est inévitablement gaspillé ou sur-consommé »

Aujourd’hui 3 mécanismes permettent d’inciter les entreprises et les collectivités à réduire leurs émissions: taxer les revenus, taxer les produits et subventionner les projets écologiques. Ils permettent de sanctionner les pollueurs mais ne les incitent pas à réduire leurs émissions.

L’argument est simple: fixer un prix au carbone et introduire un marché correspondant permettrait de limiter la consommation d’une ressource limitée et vitale pour notre planète.

« When we drive our cars, heat our homes or use fossil fuels in more indirect ways, all of us create these costs without paying for them. It follows that we overuse these fuels. This is not some kind of government planning argument — it is the logic of the market: that which is not paid for is overuse »Larry Summers

Le mécanisme d’un marché carbone

Pour comprendre ce qui bloque, il faut d’abord comprendre comment fonctionne un marché carbone, prenons l’exemple du marché européen du carbone

Pour résumer:

  1. Une instance de régulation donne des quotas d’émissions à des entreprises polluantes
  2. Au bout d’un an, elles doivent racheter des quotas si elles ont trop pollué. A l’inverse, elles peuvent les vendre si elles ont dépassé leurs objectifs de réduction.
  3. Le surcout ou le bénéfice dépend du prix donné à 1Tonne de CO2

Le premier marché carbone a été crée aux États-Unis dans les années 90 pour réduire les émissions de dioxyde de souffre (combustion du charbon) responsables de nombreuses pluies acides. Ce fut un grand succès.

Plusieurs régions du monde on lancé leur propre marché carbone à la suite du protocole de Kyoto: l’Union Européenne, le Québec, l’Australie, la Nouvelle Zélande, la Norvège, la Suisse, la Chine (quelques provinces pilotes), la Corée du Sud, le Japon (Tokyo seulement), le Kazakhstan et les États-Unis (quelques États).

Sur chaque marché le prix de la tonne de CO2 est différent et varie entre 2€ au Kazakhstan, 5$ aux USA, 7€ en Europe, en Corée et en Nouvelle Zélande, 18€ en Australie et une 60aine€ au Japon.

Ces initiatives sont encore récentes et peuvent être largement améliorées. Le premier obstacle est le prix d’1T de CO2, souvent trop faible et peu incitatif.

Un prix mondial est-il possible ?

c’est la question centrale du débat aujourd’hui. Un prix unique permettrait de mettre en place un marché mondial du carbone dans lequel toutes les entreprises seraient contraintes de manière équitable.

L’objectif est ambitieux mais semble impossible à court-terme vu la complexité des questions à résoudre:

  • Comment harmoniser la mesure du bilan carbone ? Quelles règles de calcul ?
  • Qui fixe le prix du carbone  et attribue les quotas ? Selon quelles règles ? Comment exonérer les pays les plus pauvres ? Quels efforts demander aux secteurs les plus polluants mais tout de même nécessaires ?
  • Quelle(s) autorité(s) de régulation mettre en place ?
  • Quelle(s) plateforme(s) d’échange ?
  • Quelles sanctions contre les réfractaires ? Des barrières protectionnistes ?
  • Quel calendrier adopter ?

On comprend bien qu’un tel mécanisme ne verra pas le jour cette année.

On peut en revanche espérer que les pays les plus volontaires montrent l’exemple et décident d’améliorer, d’harmoniser et de relier les différentes initiatives régionales.

 

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Finance & Géopolitique

Comment Daech gagne de l’argent

Contrairement à Al-Qaïda, qui dépendait surtout des trafics et des donations étrangères, l’organisation État Islamique possède des moyens financiers inédits et diversifiés. Ils correspondent surtout aux ressources naturelles du territoire qu’elle contrôle. D’après le rapport très détaillé établi par Jean-Charles Brisard et Damien Martinez, les revenus avoisineraient les 2,9 milliards de dollars par an.

  • 55% grâce au pétrole et au gaz vendus à la population, aux entreprises ou à d’autres groupes armés de la région via des intermédiaires. Des kilomètres de camions citernes, appartenant à des traders/trafiquants indépendants, feraient la queue en permanence devant les puits contrôlés par Daech.
  • 20% grâce à la vente de produits chimiques fabriqués dans les usines saisies: mines de phosphate, cimenteries…
  • 12% grâce aux impôts en tout genre qui pèsent sur les populations sous son contrôle: taxe de 5% sur tous les salaires, licences commerciales, péages routiers, taxe de 20% sur les biens archéologiques revendus, sur les retraits bancaires…
  • 7% grâce aux ressources agricoles saisies dans certaines vallées fertiles d’Irak.
  • 4% via les kidnapping et rançons
  • 2% via les donations étrangères

Ma chronique de lundi 16 novembre sur France 24:

Pour aller plus loin:

 

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Histoires d'entreprises

Les projets d’Amazon derrière l’ouverture de sa librairie

Mais quelle mouche a donc piqué Amazon ? Le plus gros site de e-commerce au monde a-t-il renié son ADN en décidant mardi 3 novembre d’ouvrir sa première librairie à Seattle ? Au contraire, c’est une question de survie ou plutôt d’évolution.

Une librairie connectée pour en savoir encore plus sur vous

Si l’ouverture a surpris les habitants de Seattle, elle a surtout exaspéré un peu plus les libraires de la région. Déjà très affaiblis par le succès du site en ligne, ils redoutent l’arrivée d’Amazon dans les centres villes et ils ont raison. Car l’entreprise qui a presque tué leur secteur en proposant un choix infini, sans loyer à payer et sans problème de trésorerie souhaite désormais proposer une nouvelle expérience à ses clients: une librairie connectée. Pour cela, Amazon utilise toutes les données récoltées sur son site et vous oblige à utiliser son application. Comment ? c’est très simple: seuls les livres les mieux notés sont présentés, surtout, aucun prix n’est affiché. Pour le connaître, il faut scanner le code barre du livre via l’application Amazon. Plusieurs informations sont alors disponibles, le prix et surtout les commentaires, la grand force d’Amazon.

Amazon garde ainsi une trace de vos consultations, comme sur le site. En clair, Jeff Bezos garde un œil très attentif sur votre comportement en magasin, une mine d’information pour améliorer son site et ses offres.

                  

Peaufiner son arrivée dans le multi-canal

Cela peut sembler surprenant mais ce n’est un secret pour personne. Tôt ou tard, Amazon devra posséder des magasins en propre. L’année dernière, l’entreprise avait d’ailleurs annoncé le lancement de son premier établissement à New York mais le projet n’a finalement pas vu le jour. Avec la librairie de Seattle, Amazon avance avec prudence et limite l’expérience à son cœur de métier mais l’époque pure player est peut-être révolue.

La stratégie d’Amazon semble en effet s’essouffler. Depuis longtemps, Jeff Bezos cherche à tuer la concurrence par tous les moyens. D’abord par les prix puis en proposant une livraison toujours moins chère et plus rapide en espérant que la concurrence suive et meure en route. Le programme Amazon prime à travers lequel les clients sont livrés de façon illimitée pour 100$/mois est constamment décrit comme une priorité absolue. Le programme mobilise donc d’importantes ressources chez Amazon. Dernier exemple en date, l’intense campagne publicitaire à la télévision française, exclusivement focalisée sur le programme Amazon Prime. Problème les résultats se font attendre et surtout les coûts explosent.

D’après le cabinet DLD2D, les couts de livraison ont augmenté de 40% en 2014.

Or le temps presse car depuis quelques années, les acteurs traditionnels de la distribution ont réagi. Investir dans une plateforme internet s’est avéré relativement simple. Leurs sites internet tournent donc à plein régime. Surtout, ils sont directement reliés à leurs magasins qui peuvent ainsi jouer le rôle de plateforme logistique ultra-flexible, tout en permettant de rassurer le consommateur. Les enseignes multi-canal prennent enfin leur revanche !

En France, Decathlon, IKEA, La FNAC ou Darty en sont les meilleurs exemples mais les grandes enseignes de la distribution sont également à la pointe. Carrefour, Leclerc …. toutes se sont lancées dans le Drive et ça marche. D’ailleurs la France ferait partie des pays pionniers en terme de multi-canal.

Au États-Unis, ce sont les enseignes comme Macy’s, Wal-Mart, Best Buy ou Costco qui enregistrent de fortes croissance.

Vous l’aurez compris, Amazon doit réagir et cela passe probablement par des boutiques en propre. Une option serait de racheter une grande chaîne de distribution en difficulté alors ouvrez bien vos mirettes…

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Histoires d'entreprises

Les futurs défis d’Apple pour rester au top

Encore une fois, les sceptiques ont eu tort. Apple a publié des résultats en nette hausse: +22% pour le chiffre d’affaire qui s’élève à 51,5 milliards de dollars en un seul trimestre. Bien sûr ces chiffres reposent de plus en plus sur le succès de l’iPhone. 18% du chiffre total d’Apple en 2008 contre 62,5% aujourd’hui. Le jour où l’iPhone perdra sa suprématie, Apple tremblera. Le marché chinois est également devenu le premier marché d’Apple devant les États-Unis au moment même où la croissance ralentit. Du coup les ventes en Chine ont reculé de 5% par rapport au printemps, mais Apple a encore de la marge.

Pour résumer, oui Apple est iPhone-dépendant, oui l’entreprise n’arrivera probablement pas à maintenir le niveau de croissance affiché ces dernières années, mais est-ce si grave  ?

La véritable question derrières les multiples avertissements des analystes tient en une question: Comment Apple peut-il mourir ? La marque semble invincible et pourtant, elle reste mortelle. Les cimetières du capitalisme regorgent d’exemples de ce type: Kodak, Firestone, AOL, Yahoo, voire IBM ou Microsoft. Autant d’entreprises qui ont sont rentrées dans le rang après avoir connu la gloire. Alors quelles sont les menaces qui pèsent sur Apple ?

Rester une marque de luxe

Au fur et à mesure que les smartphones s’améliorent, se banalisent, ils deviennent de moins en moins chers et génèrent donc moins de profits. C’est d’ailleurs le dilemme auquel font face les fabricants utilisant Android. Au 2eme trimestre 2015 par exemple, LG affiche son meilleur résultat en vendant 8,1 millions de smartphones LTE, mais son bénéfice ne représente que 172 000$ soit 1,2 cents par téléphone. Du jamais vu! Principale raison, la concurrence acharnée qui alimente la guerre des prix et gonfle les frais de marketing. Sous Android, l’offre est pléthorique, comme le montre ce schéma:

Si Apple est aussi profitable c’est que l’entreprise a su rester au dessus de la mêlée et devenir une vraie marque de luxe, comme Hermès ou Vuitton. Comme le souligne Scott Galloway, elle en possède tous les attributs: l’obsession presque artisanale du produit, un fondateur légendaire, un prix élevé, une maîtrise de son réseau de distribution – Apple store only-, une présence mondiale et c’est aussi un marqueur social et identitaire. Cocktail qui permet à Apple d’afficher des marges extraordinaires !

Qu’Apple soit devenu une marque de luxe semble évident, ça l’est encore davantage lorsque l’on jette un oeil à la répartition géographique d’iOS vs Android à New York:

Bien choisir où investir ses milliards de dollars de trésorerie

Le chiffre a été laché comme si de rien n’était par Tim Cook lors de la présentation de ses derniers résultats. Apple a des réserve, beaucoup de réserves, 205 milliards de dollars très exactement. C’est le PIB du Portugal ou du Qatar ! Tim Cook pourrait s’offrir n’importe quelle grande entreprise mais que faire avec 200Md$ ?

Apple doit d’abord développer ses dernières innovations comme l’Apple Watch et l’Apple TV. Ensuite, les analystes spéculent sur deux grandes orientations stratégiques:

1- Investir dans l’automobile

Certaines rumeurs voient Apple racheter un constructeur automobile. De nombreux employés de Tesla auraient été débauchés. Son PDG Elon Musk a reconnu que la suite logique pour Apple serait en effet de se lancer dans l’automobile. Depuis un an, les employés d’Apple laissent entendre qu’une Apple car est en cours de développement, nom de code TITAN. Dans une conférence du Wall Street Journal datant du 20 octobre dernier, Tm Cook semblait embarrassé de s’étendre sur le sujet mais ses indications sont pourtant claires. Conduite autonome, système multimédia….. il  expliqué que l’industrie automobile était sur le point de connaître une révolution et on imagine mal qu’il n’essaie pas d’en être le leader.

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Récemment, un grand designer japonais de l’automobile s’inquiétait de voir de plus en plus d’entreprises de la Silicon Valley se lancer dans l’automobile. Pour lui, s’ils ne réagissent pas rapidement, les constructeurs traditionnels risquent de devenir de simples fabricants à leur service.

2- Devenir une marque de luxe à part entière

C’est la grande prédiction de Scott Galloway. Apple a débauché l’ancienne patronne de Burberry Angela Ahrendts pour développer les Apple Store. C’est désormais le plus gros salaire chez Apple. L’objectif selon le professeur de marketing, serait de proposer de plus en plus de produits de luxe connectés dans les Apple Store. L’Apple Watch n’étant que la tête de pont. Il développe régulièrement ses arguments dans ses conférences.

Quel que soit le chemin que prendra Apple, l’exécution devra être parfaite au risque d’y perdre des plumes et de diluer son image de marque.

Apple sera-t-il toujours le plus innovant dans 10 ans ?

C’est peut être la plus grande menace qui pèse sur l’entreprise. Sans Steve Jobs, Apple pourra-t-il mener à bien tous ces nouveaux projets ? Lorsqu’on lui demandait comment les entreprises finissaient par décliner, Steve Jobs avait une théorie : Plus une entreprise connait le succès, plus elle se retrouve en situation de monopole ou elle accorde moins d’importance à ses produits et  à ses ingénieurs. Les commerciaux ou les financiers finissent par diriger l’entreprise, ce qui marque le début de la fin selon lui.

Installée au sommet, Apple succombera-t-elle à ce travers ?

De manière générale, les entreprises qui finissent par disparaître sont celles qui sont incapables d’innover et surtout de transformer leur façon de penser face au changement. Si elles identifient en générale très bien ce qui les menace, elles utilisent souvent leurs vieilles recettes en vain. Ce que Donald Sull nomme l’inertie active. L’inertie, au sens physique, n’est pas l’immobilisme mais l’absence de changement de trajectoire.

En bref, si nos téléphones évoluent radicalement, Apple sera-t-il capable de s’adapter ?

Sur le marché des téléphones 2 grandes tendances se dégagent à l’avenir: les nouveaux matériaux et l’intégration des terminaux dans notre corps. Dans ces 2 exemples, la maîtrise des matériaux et des processus biotechnologiques seront la clé.

Voici un exemple de téléphone pliable imaginé par Nokia. je vous laisse également réfléchir avec cet épisode de la série d’anticipation anglaise Black Mirror. Un régal !

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Chroniques

Que va faire Hollande à Athènes ?

Credit: Carlos ZGZ

Hollande se pose en défenseur du peuple grec

Souvent décrit comme le grand artisan du maintien de la Grèce dans la zone euro lors des négociations de juillet dernier, François Hollande sera probablement accueilli à bras ouvert lors de sa visite à Athènes ce jeudi. Signe de reconnaissance, il a été invité à s’exprimer devant la Vouli, le parlement grec. On se doute qu’il félicitera Alexis Tsipras de l’accord trouvé entre Bruxelles et ses créanciers, invitera les Grecs à poursuivre les efforts et tentera de se poser en défenseur du peuple grec face à une Allemagne dominatrice et inflexible.

Renforcer la coopération avec Athènes

Mais au delà des beaux discours, François Hollande poursuit plusieurs objectifs lors de sa visite. D’abord, rassurer son électorat le plus à gauche qu’il défend bien leurs idéaux, et ce malgré une politique économique de plus en plus libérale, incarnée par son ministre de l’Économie Emmanuel Macron. Invité par les dirigeants grecs, l’occasion est également unique de transformer l’essai et d’affirmer un peu plus son rôle de trait d’union entre les deux Europe, celle du Sud et celle du Nord. Pour donner corps à ce projet, il ne vient pas les mains vides. Il apporte son aide, celle de Bercy pour collecter les impôts et celle de ses entreprises pour relancer les investissements. Il emporte ainsi dans ses valises les patrons d’entreprises comme Suez, Alstom ou Vinci, des entreprises qui lorgnent en réalité sur les actifs qu’Athènes doit mettre en vente: aéroports, compagnie de chemin de fer et services publics en tout genre.

 Tsipras cherche une oreille attentive sur la dette

Enfin, François Hollande vient surtout pour écouter les propositions d’Alexis Tsipras pour restructurer la dette grecque. Un sujet qui obsède le premier ministre depuis sa première campagne électorale. Un sujet qui permettrait surtout à Alexis Tsipras de faire avaler les réformes extrêmement dures qu’il est en train de faire adopter à marche forcée à sa majorité et à sa population. Un sujet qu’il a enfin arraché à ses créanciers en juillet dernier. Ils avaient promis une grande conférence sur la dette à l’automne, si et seulement si Athènes respectait ses engagements. Aujourd’hui, force est de constater qu’Alexis Tsipras a tenu parole. Il vient de faire adopter un important train de réformes à l’occasion du budget 2016. D’autres devraient suivre mais il estime probablement qu’il est grand temps que les européens respectent également les leurs.

François Hollande est-il l’homme de la situation ?

Charge ensuite à François Hollande de prêcher la bonne parole auprès de ses collègues européens. Sera-t-il à la hauteur ? Rien n’est moins sûr car la France et son président manquent cruellement de crédibilité à Bruxelles. En apparence, François Hollande est associé aux grandes décisions européennes, mais en réalité c’est Angela Merkel qui mène la danse. Or le sujet est extrêmement sensible en Allemagne. La population refuse toute réduction frontale de la dette grecque. Les dirigeants ont bien dû accepter du bout des lèvres un allongement des conditions d’emprunt, mais on les imagine mal aller plus loin. Berlin est en plus loin d’être isolé sur le sujet. La quasi-totalité des pays membres refuse d’accorder un traitement de faveur à la Grèce, de peur que d’autres pays n’en demandent autant, en particulier l’Espagne ou Podemos frappe à la porte du pouvoir. Bref il faudra beaucoup d’habileté politique pour lancer une grande conférence sur la dette et encore davantage pour en tirer plus qu’un simple geste symbolique. Il faudra surtout proposer des mécanismes audacieux, créatifs et réalistes. L’Ukraine pourrait d’ailleurs servir d’exemple. Une chose est sûre, la route sera longue et fastidieuse.

Pour aller plus loin:

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Chroniques

L’insolente réussite de Matteo Renzi

C’est avec envie et admiration que François Hollande doit probablement projeter son regard de l’autre côté des Alpes. Depuis sa nomination, Matteo Renzi réussit tout ce qu’il entreprend. Après avoir réussi à transformer le marché du travail en introduisant un projet qui ressemble aux fantasmes scandinaves de Manuel Valls, il a présenté hier son budget 2016. Un budget ambitieux qui fait fi des injonctions austères de Bruxelles. A l’inverse de la plupart de ses partenaires européens, le déficit italien augmentera l’année prochaine, passant de 1,8% à 2,2%. Un pied de nez infligé à Bruxelles qui pourrait en plus passer en douceur. Le Florentin se justifie en effet grâce aux réformes structurelles qu’il a enclenchées. Pire pour François Hollande, Matteo Renzi a les chiffres pour lui. La croissance a été légèrement revue à la hausse pour ces deux prochaines années, +0,2 pts. Surtout, le chômage baisse. Il vient de passer sous le seuil symbolique des 12%.

45 milliards d’euros de baisses d’impôts

Au programme pour 2016, des baisses d’impôts tous azimuts. Suppression de la taxe foncière sur les résidences principales, baisse du taux d’impôt sur les sociétés, il passera de 27,5% à 24%; enfin d’importants crédits d’impôts dans le BTP sont à prévoir. En tout 45 milliards d’euros de baisse sur 3 ans. Le tout financé par des coupes dans les budgets des ministères et par le déficit. Hollande en rêvait, Renzi l’a fait.

Renzi, l’illusionniste

Arrivé au pouvoir en février 2014, Matteo Renzi bénéficie aussi des réformes initiées par son austère prédécesseur, l’impopulaire Mario Monti. Principal fait d’arme la réforme territoriale. De plus, les baisses d’impôts accordées par Renzi sont comparables à celles que François Hollande a accordé aux entreprises françaises via le CICE. Seule différence, les analystes présentent ses baisses d’impôts comme historiques et saluent un budget de relance pertinent. Enfin, le premier ministre italien a l’intelligence de ne pas affronter Bruxelles de front. Il respecte la principale règle d’un déficit public sous les 3% mais viole toutes les autres, en particulier l’effort de réduction du déficit structurel et de réduction de la dette. Des critères obscurs introduits dans la nouvelle version du pacte de stabilité. Des critères que presque personne ne comprend et qu’il est impossible d’expliquer clairement aux opinions publiques européennes. Matteo Renzi se joue des règle européennes avec finesse et Bruxelles devrait donc fermer les yeux sur ses largesses. Le Florentin reste ainsi fidèle à sa réputation.

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