Histoires d'entreprises

Les projets d’Amazon derrière l’ouverture de sa librairie

Mais quelle mouche a donc piqué Amazon ? Le plus gros site de e-commerce au monde a-t-il renié son ADN en décidant mardi 3 novembre d’ouvrir sa première librairie à Seattle ? Au contraire, c’est une question de survie ou plutôt d’évolution.

Une librairie connectée pour en savoir encore plus sur vous

Si l’ouverture a surpris les habitants de Seattle, elle a surtout exaspéré un peu plus les libraires de la région. Déjà très affaiblis par le succès du site en ligne, ils redoutent l’arrivée d’Amazon dans les centres villes et ils ont raison. Car l’entreprise qui a presque tué leur secteur en proposant un choix infini, sans loyer à payer et sans problème de trésorerie souhaite désormais proposer une nouvelle expérience à ses clients: une librairie connectée. Pour cela, Amazon utilise toutes les données récoltées sur son site et vous oblige à utiliser son application. Comment ? c’est très simple: seuls les livres les mieux notés sont présentés, surtout, aucun prix n’est affiché. Pour le connaître, il faut scanner le code barre du livre via l’application Amazon. Plusieurs informations sont alors disponibles, le prix et surtout les commentaires, la grand force d’Amazon.

Amazon garde ainsi une trace de vos consultations, comme sur le site. En clair, Jeff Bezos garde un œil très attentif sur votre comportement en magasin, une mine d’information pour améliorer son site et ses offres.

                  

Peaufiner son arrivée dans le multi-canal

Cela peut sembler surprenant mais ce n’est un secret pour personne. Tôt ou tard, Amazon devra posséder des magasins en propre. L’année dernière, l’entreprise avait d’ailleurs annoncé le lancement de son premier établissement à New York mais le projet n’a finalement pas vu le jour. Avec la librairie de Seattle, Amazon avance avec prudence et limite l’expérience à son cœur de métier mais l’époque pure player est peut-être révolue.

La stratégie d’Amazon semble en effet s’essouffler. Depuis longtemps, Jeff Bezos cherche à tuer la concurrence par tous les moyens. D’abord par les prix puis en proposant une livraison toujours moins chère et plus rapide en espérant que la concurrence suive et meure en route. Le programme Amazon prime à travers lequel les clients sont livrés de façon illimitée pour 100$/mois est constamment décrit comme une priorité absolue. Le programme mobilise donc d’importantes ressources chez Amazon. Dernier exemple en date, l’intense campagne publicitaire à la télévision française, exclusivement focalisée sur le programme Amazon Prime. Problème les résultats se font attendre et surtout les coûts explosent.

D’après le cabinet DLD2D, les couts de livraison ont augmenté de 40% en 2014.

Or le temps presse car depuis quelques années, les acteurs traditionnels de la distribution ont réagi. Investir dans une plateforme internet s’est avéré relativement simple. Leurs sites internet tournent donc à plein régime. Surtout, ils sont directement reliés à leurs magasins qui peuvent ainsi jouer le rôle de plateforme logistique ultra-flexible, tout en permettant de rassurer le consommateur. Les enseignes multi-canal prennent enfin leur revanche !

En France, Decathlon, IKEA, La FNAC ou Darty en sont les meilleurs exemples mais les grandes enseignes de la distribution sont également à la pointe. Carrefour, Leclerc …. toutes se sont lancées dans le Drive et ça marche. D’ailleurs la France ferait partie des pays pionniers en terme de multi-canal.

Au États-Unis, ce sont les enseignes comme Macy’s, Wal-Mart, Best Buy ou Costco qui enregistrent de fortes croissance.

Vous l’aurez compris, Amazon doit réagir et cela passe probablement par des boutiques en propre. Une option serait de racheter une grande chaîne de distribution en difficulté alors ouvrez bien vos mirettes…

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Les futurs défis d’Apple pour rester au top

Encore une fois, les sceptiques ont eu tort. Apple a publié des résultats en nette hausse: +22% pour le chiffre d’affaire qui s’élève à 51,5 milliards de dollars en un seul trimestre. Bien sûr ces chiffres reposent de plus en plus sur le succès de l’iPhone. 18% du chiffre total d’Apple en 2008 contre 62,5% aujourd’hui. Le jour où l’iPhone perdra sa suprématie, Apple tremblera. Le marché chinois est également devenu le premier marché d’Apple devant les États-Unis au moment même où la croissance ralentit. Du coup les ventes en Chine ont reculé de 5% par rapport au printemps, mais Apple a encore de la marge.

Pour résumer, oui Apple est iPhone-dépendant, oui l’entreprise n’arrivera probablement pas à maintenir le niveau de croissance affiché ces dernières années, mais est-ce si grave  ?

La véritable question derrières les multiples avertissements des analystes tient en une question: Comment Apple peut-il mourir ? La marque semble invincible et pourtant, elle reste mortelle. Les cimetières du capitalisme regorgent d’exemples de ce type: Kodak, Firestone, AOL, Yahoo, voire IBM ou Microsoft. Autant d’entreprises qui ont sont rentrées dans le rang après avoir connu la gloire. Alors quelles sont les menaces qui pèsent sur Apple ?

Rester une marque de luxe

Au fur et à mesure que les smartphones s’améliorent, se banalisent, ils deviennent de moins en moins chers et génèrent donc moins de profits. C’est d’ailleurs le dilemme auquel font face les fabricants utilisant Android. Au 2eme trimestre 2015 par exemple, LG affiche son meilleur résultat en vendant 8,1 millions de smartphones LTE, mais son bénéfice ne représente que 172 000$ soit 1,2 cents par téléphone. Du jamais vu! Principale raison, la concurrence acharnée qui alimente la guerre des prix et gonfle les frais de marketing. Sous Android, l’offre est pléthorique, comme le montre ce schéma:

Si Apple est aussi profitable c’est que l’entreprise a su rester au dessus de la mêlée et devenir une vraie marque de luxe, comme Hermès ou Vuitton. Comme le souligne Scott Galloway, elle en possède tous les attributs: l’obsession presque artisanale du produit, un fondateur légendaire, un prix élevé, une maîtrise de son réseau de distribution – Apple store only-, une présence mondiale et c’est aussi un marqueur social et identitaire. Cocktail qui permet à Apple d’afficher des marges extraordinaires !

Qu’Apple soit devenu une marque de luxe semble évident, ça l’est encore davantage lorsque l’on jette un oeil à la répartition géographique d’iOS vs Android à New York:

Bien choisir où investir ses milliards de dollars de trésorerie

Le chiffre a été laché comme si de rien n’était par Tim Cook lors de la présentation de ses derniers résultats. Apple a des réserve, beaucoup de réserves, 205 milliards de dollars très exactement. C’est le PIB du Portugal ou du Qatar ! Tim Cook pourrait s’offrir n’importe quelle grande entreprise mais que faire avec 200Md$ ?

Apple doit d’abord développer ses dernières innovations comme l’Apple Watch et l’Apple TV. Ensuite, les analystes spéculent sur deux grandes orientations stratégiques:

1- Investir dans l’automobile

Certaines rumeurs voient Apple racheter un constructeur automobile. De nombreux employés de Tesla auraient été débauchés. Son PDG Elon Musk a reconnu que la suite logique pour Apple serait en effet de se lancer dans l’automobile. Depuis un an, les employés d’Apple laissent entendre qu’une Apple car est en cours de développement, nom de code TITAN. Dans une conférence du Wall Street Journal datant du 20 octobre dernier, Tm Cook semblait embarrassé de s’étendre sur le sujet mais ses indications sont pourtant claires. Conduite autonome, système multimédia….. il  expliqué que l’industrie automobile était sur le point de connaître une révolution et on imagine mal qu’il n’essaie pas d’en être le leader.

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Récemment, un grand designer japonais de l’automobile s’inquiétait de voir de plus en plus d’entreprises de la Silicon Valley se lancer dans l’automobile. Pour lui, s’ils ne réagissent pas rapidement, les constructeurs traditionnels risquent de devenir de simples fabricants à leur service.

2- Devenir une marque de luxe à part entière

C’est la grande prédiction de Scott Galloway. Apple a débauché l’ancienne patronne de Burberry Angela Ahrendts pour développer les Apple Store. C’est désormais le plus gros salaire chez Apple. L’objectif selon le professeur de marketing, serait de proposer de plus en plus de produits de luxe connectés dans les Apple Store. L’Apple Watch n’étant que la tête de pont. Il développe régulièrement ses arguments dans ses conférences.

Quel que soit le chemin que prendra Apple, l’exécution devra être parfaite au risque d’y perdre des plumes et de diluer son image de marque.

Apple sera-t-il toujours le plus innovant dans 10 ans ?

C’est peut être la plus grande menace qui pèse sur l’entreprise. Sans Steve Jobs, Apple pourra-t-il mener à bien tous ces nouveaux projets ? Lorsqu’on lui demandait comment les entreprises finissaient par décliner, Steve Jobs avait une théorie : Plus une entreprise connait le succès, plus elle se retrouve en situation de monopole ou elle accorde moins d’importance à ses produits et  à ses ingénieurs. Les commerciaux ou les financiers finissent par diriger l’entreprise, ce qui marque le début de la fin selon lui.

Installée au sommet, Apple succombera-t-elle à ce travers ?

De manière générale, les entreprises qui finissent par disparaître sont celles qui sont incapables d’innover et surtout de transformer leur façon de penser face au changement. Si elles identifient en générale très bien ce qui les menace, elles utilisent souvent leurs vieilles recettes en vain. Ce que Donald Sull nomme l’inertie active. L’inertie, au sens physique, n’est pas l’immobilisme mais l’absence de changement de trajectoire.

En bref, si nos téléphones évoluent radicalement, Apple sera-t-il capable de s’adapter ?

Sur le marché des téléphones 2 grandes tendances se dégagent à l’avenir: les nouveaux matériaux et l’intégration des terminaux dans notre corps. Dans ces 2 exemples, la maîtrise des matériaux et des processus biotechnologiques seront la clé.

Voici un exemple de téléphone pliable imaginé par Nokia. je vous laisse également réfléchir avec cet épisode de la série d’anticipation anglaise Black Mirror. Un régal !

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Chroniques

Que va faire Hollande à Athènes ?

Credit: Carlos ZGZ

Hollande se pose en défenseur du peuple grec

Souvent décrit comme le grand artisan du maintien de la Grèce dans la zone euro lors des négociations de juillet dernier, François Hollande sera probablement accueilli à bras ouvert lors de sa visite à Athènes ce jeudi. Signe de reconnaissance, il a été invité à s’exprimer devant la Vouli, le parlement grec. On se doute qu’il félicitera Alexis Tsipras de l’accord trouvé entre Bruxelles et ses créanciers, invitera les Grecs à poursuivre les efforts et tentera de se poser en défenseur du peuple grec face à une Allemagne dominatrice et inflexible.

Renforcer la coopération avec Athènes

Mais au delà des beaux discours, François Hollande poursuit plusieurs objectifs lors de sa visite. D’abord, rassurer son électorat le plus à gauche qu’il défend bien leurs idéaux, et ce malgré une politique économique de plus en plus libérale, incarnée par son ministre de l’Économie Emmanuel Macron. Invité par les dirigeants grecs, l’occasion est également unique de transformer l’essai et d’affirmer un peu plus son rôle de trait d’union entre les deux Europe, celle du Sud et celle du Nord. Pour donner corps à ce projet, il ne vient pas les mains vides. Il apporte son aide, celle de Bercy pour collecter les impôts et celle de ses entreprises pour relancer les investissements. Il emporte ainsi dans ses valises les patrons d’entreprises comme Suez, Alstom ou Vinci, des entreprises qui lorgnent en réalité sur les actifs qu’Athènes doit mettre en vente: aéroports, compagnie de chemin de fer et services publics en tout genre.

 Tsipras cherche une oreille attentive sur la dette

Enfin, François Hollande vient surtout pour écouter les propositions d’Alexis Tsipras pour restructurer la dette grecque. Un sujet qui obsède le premier ministre depuis sa première campagne électorale. Un sujet qui permettrait surtout à Alexis Tsipras de faire avaler les réformes extrêmement dures qu’il est en train de faire adopter à marche forcée à sa majorité et à sa population. Un sujet qu’il a enfin arraché à ses créanciers en juillet dernier. Ils avaient promis une grande conférence sur la dette à l’automne, si et seulement si Athènes respectait ses engagements. Aujourd’hui, force est de constater qu’Alexis Tsipras a tenu parole. Il vient de faire adopter un important train de réformes à l’occasion du budget 2016. D’autres devraient suivre mais il estime probablement qu’il est grand temps que les européens respectent également les leurs.

François Hollande est-il l’homme de la situation ?

Charge ensuite à François Hollande de prêcher la bonne parole auprès de ses collègues européens. Sera-t-il à la hauteur ? Rien n’est moins sûr car la France et son président manquent cruellement de crédibilité à Bruxelles. En apparence, François Hollande est associé aux grandes décisions européennes, mais en réalité c’est Angela Merkel qui mène la danse. Or le sujet est extrêmement sensible en Allemagne. La population refuse toute réduction frontale de la dette grecque. Les dirigeants ont bien dû accepter du bout des lèvres un allongement des conditions d’emprunt, mais on les imagine mal aller plus loin. Berlin est en plus loin d’être isolé sur le sujet. La quasi-totalité des pays membres refuse d’accorder un traitement de faveur à la Grèce, de peur que d’autres pays n’en demandent autant, en particulier l’Espagne ou Podemos frappe à la porte du pouvoir. Bref il faudra beaucoup d’habileté politique pour lancer une grande conférence sur la dette et encore davantage pour en tirer plus qu’un simple geste symbolique. Il faudra surtout proposer des mécanismes audacieux, créatifs et réalistes. L’Ukraine pourrait d’ailleurs servir d’exemple. Une chose est sûre, la route sera longue et fastidieuse.

Pour aller plus loin:

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Chroniques

L’insolente réussite de Matteo Renzi

C’est avec envie et admiration que François Hollande doit probablement projeter son regard de l’autre côté des Alpes. Depuis sa nomination, Matteo Renzi réussit tout ce qu’il entreprend. Après avoir réussi à transformer le marché du travail en introduisant un projet qui ressemble aux fantasmes scandinaves de Manuel Valls, il a présenté hier son budget 2016. Un budget ambitieux qui fait fi des injonctions austères de Bruxelles. A l’inverse de la plupart de ses partenaires européens, le déficit italien augmentera l’année prochaine, passant de 1,8% à 2,2%. Un pied de nez infligé à Bruxelles qui pourrait en plus passer en douceur. Le Florentin se justifie en effet grâce aux réformes structurelles qu’il a enclenchées. Pire pour François Hollande, Matteo Renzi a les chiffres pour lui. La croissance a été légèrement revue à la hausse pour ces deux prochaines années, +0,2 pts. Surtout, le chômage baisse. Il vient de passer sous le seuil symbolique des 12%.

45 milliards d’euros de baisses d’impôts

Au programme pour 2016, des baisses d’impôts tous azimuts. Suppression de la taxe foncière sur les résidences principales, baisse du taux d’impôt sur les sociétés, il passera de 27,5% à 24%; enfin d’importants crédits d’impôts dans le BTP sont à prévoir. En tout 45 milliards d’euros de baisse sur 3 ans. Le tout financé par des coupes dans les budgets des ministères et par le déficit. Hollande en rêvait, Renzi l’a fait.

Renzi, l’illusionniste

Arrivé au pouvoir en février 2014, Matteo Renzi bénéficie aussi des réformes initiées par son austère prédécesseur, l’impopulaire Mario Monti. Principal fait d’arme la réforme territoriale. De plus, les baisses d’impôts accordées par Renzi sont comparables à celles que François Hollande a accordé aux entreprises françaises via le CICE. Seule différence, les analystes présentent ses baisses d’impôts comme historiques et saluent un budget de relance pertinent. Enfin, le premier ministre italien a l’intelligence de ne pas affronter Bruxelles de front. Il respecte la principale règle d’un déficit public sous les 3% mais viole toutes les autres, en particulier l’effort de réduction du déficit structurel et de réduction de la dette. Des critères obscurs introduits dans la nouvelle version du pacte de stabilité. Des critères que presque personne ne comprend et qu’il est impossible d’expliquer clairement aux opinions publiques européennes. Matteo Renzi se joue des règle européennes avec finesse et Bruxelles devrait donc fermer les yeux sur ses largesses. Le Florentin reste ainsi fidèle à sa réputation.

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Economix

L’économie a-t-elle vraiment le droit à un Nobel ?

prix nobelPour la petite histoire, Alfred Nobel n’avait pas prévu de prix pour l’économie. Le Nobel est venu bien plus tard et le premier remonte à 1969. Ce qui explique le débat qui entoure ce Nobel bien particulier.

La seule science humaine représentée

Si la Littérature et la Paix sont deux Nobel à part, du coté des sciences, l’économie est la seule science humaine représentée et la seule science qui ne soit pas exacte. En physique, en médecine ou en chimie, le prix récompense des découvertes concrètes. En économie, les membres du jury choisissent un universitaire pour sa contribution à une meilleure compréhension d’un mécanisme économique. Une contribution plus générale donc, souvent via des modèles mathématiques complexes qui peinent souvent à décrire l’entière complexité du monde économique. C’est le lot délicat de toute science humaine. En  désignant un Nobel d’économie, on tend peut-être à l’oublier.

Les questions fondamentales toujours ouvertes

Fini les certitudes des années 90 et 2000, la crise des subprimes est passé par là. Aujourd’hui les économistes doutent sur de nombreuses questions fondamentales. Comment calculer la croissance ? Comment se forme l’inflation (peut-être la plus chaude du moment) ? Quel doit-être le rôle des banques centrales ? Sur ces questions, les lauréats du Nobel d’économie n’apportent en général pas de réponses.

Cette année c’est Angus Deaton qui a été récompensé. Ce britannique a été choisi pour « son analyse de la consommation, de la pauvreté et du bien être ». Il a notamment contribué à mieux comprendre comment les consommateurs répartissent leurs dépenses, en particulier les plus pauvres. Pour cela il s’est appuyé sur une analyse très fine et particulièrement innovante d’un grand nombre de statistiques. Ses collègues le considèrent comme le grand spécialiste du comportement des consommateurs, à travers l’histoire et les groupes sociaux.

Seule chose qui ne change pas, Angus Deaton enseigne dans une université américaine, à Princeton, comme 60% des lauréats.

Pour aller plus loin:

  • En savoir plus sur Angus Deaton, son livre majeur: http://amzn.to/1G9Jk1a
  • Qui sont les membres du jury qui désigne le Prix Nobel : http://bit.ly/1jZfBON
  • Les nationalités des derniers lauréats, une infographie du Figaro :  http://bit.ly/1jqBA0t
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Histoires d'entreprises

La France, un bon endroit pour entreprendre et lever des fonds d’après Gary Anssens

Fondateur et dirigeant du site de e-commerce Alltricks.com, Gary Anssens vient d’obtenir le Prix Ivy du Jeune Dirigeant dans les nouvelles technologies. Il était mon invité vendredi sur France 24. Il nous livre son expérience et ses impressions sur l’entreprenariat en France.

Signe des transformations à l’oeuvre dans le e-commerce, son site spécialisé dans le vélo va ouvrir des boutiques physiques. A l’image de Fnac et Darty, voire d’Amazon qui envisage d’ouvrir des boutiques physiques, l’avenir du e-commerce passe désormais par le multi-canal, une sacrée revanche !

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Histoires d'entreprises

Le géant de la bière est-il en train de paniquer ?

A quoi rime l’offre monumentale du 2ème brasseur mondial, ABinBev sur son second SABMiller ? L’opération pourrait atteindre les 92 Mds€, ce qui en ferait la 3ème plus grosse de l’histoire d’après Dealogic.

Les noms ABinBev et SABMiller ne vous disent peut-être rien mais derrière ces acronymes barbares se cachent de grandes marques connues de tous les buveurs de houblon. ABinBev qui est ici à l’offensive, détient par exemple Leffe, Stella, Becks, Budweiser, Corona ou Brahama. Des marques qui en font le n1 en Belgique, au Brésil ou aux États-Unis.

La menace des micro-brasseries

Pourquoi se lancer dans une telle opération ? Si les économies d’échelles seront probablement considérables, ABinBev cherche un second souffle. Dans tous les pays développés, les micro-brasseries ont en effet réussi à se faire une place. Aux États-Unis, elles représentent 11% des ventes en volume et 20% en valeur. Conséquence directe, les ventes d’ABinBev ont reculé en 2014 (-9%). Le pire c’est que le phénomène prend de l’ampleur. Regardez l’infographie élaborée par l’Association américaine des brasseurs indépendants:

https://www.brewersassociation.org/wp-content/uploads/2015/03/Growth-Small_HR.png

Les géants de la bières ont commencé à racheter certaines marques indépendantes mais le marché reste extrêmement fragmenté et le processus de consolidation devrait prendre des années.

Les pays émergents dans le viseur

Pour éviter de faire du surplace, ABinBev doit se renforcer dans les pays émergents, des marchés sur lesquels SABMiller est justement très présent, en particulier en Afrique. SABMiller cela signifie en effet South African Breweries. L’entreprise a vu le jour en Afrique du Sud, pendant la ruée vers l’or de 1886. Leurs bières sont vite devenues très connues auprès des mineurs assommés par le travail et la chaleur. Aujourd’hui, SABMiller est leader dans une vingtaine de pays d’Afrique et possède 23% du marché chinois. Une aubaine pour son concurrent !

Les actionnaires font monter les enchères

Pour le moment les actionnaires de SABMiller se font désirer. Ils ont refusé l’offre de leur concurrent. La prime par action s’élevait pourtant à 40%. Il leur sera  difficile de tenir jusqu’au bout. La danse du ventre pourrait en revanche durer plusieurs jours voire plusieurs semaines.

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Crise de la dette

Que doit-on faire des politiques monétaires exceptionnelles ?

yellen_janetLa Réserve fédérale américaine fêtait ses 100 ans hier et elle se réunit pendant deux jours à partir d’aujourd’hui. La réunion pourrait sceller la fin progressive de la politique monétaire exceptionnelle lancée après la crise par Ben Bernanke. Quelle que soit la décision du comité monétaire de la Fed et de sa nouvelle présidente Janet Yellen, c’est une bonne occasion de revenir sur les grandes questions auxquelles l’institution va devoir répondre ces prochaines années. Pour Janet Yellen, le plus dur commence. La reprise est au coin de la rue mais beaucoup craignent de nouveaux désordres financiers et l’éclatement d’une bulle spéculative sur les marchés américains. Il faudra sans aucun doute faire preuve de doigté mais surtout interroger la pertinence des modèles économiques utilisés actuellement dans les banques centrales.

Cette démarche, le FMI l’a initiée en avril dernier lorsqu’il organisait une grande conférence intitulée « Repenser la politique macro-économique : premiers pas et premières leçons ». Pendant deux jours, les plus grands économistes ont présenté leurs travaux sur les questions économiques fondamentales du moment. Comme un professeur donne des devoirs à ses élèves, le FMI guide les travaux des professeurs et des chercheurs en économie. Si la conférence date d’avril, elle est toujours pertinente et permet d’entrevoir les pistes de réflexion qui sont envisagées. Le texte d’introduction de la conférence est à ce titre très clair :

« It has now been five years since the outbreak of the global financial crisis. A central question is how the crisis has changed the way we think about macroeconomic policy. The IMF originally tackled this issue at a 2011 conference, which then spawned a book that was published by the MIT Press. Two years later, the time seems right for another assessment. Research has gone on, policies have been tried, debates have been intense. So, the IMF has decided to come back to the same theme. »

Le choix des intervenants se fait sous l’égide des stars du moment : George Akerlof (University of California, Berkeley), Olivier Blanchard (Conseiller économique et directeur de la recherche au FMI), David Romer (University of California, Berkeley) et Joseph Stiglitz (Prix Nobel et Professeur à la Columbia University).

Après une petite introduction de Christine Lagarde, le séminaire commence par un bilan des politiques monétaires exceptionnelles lancées par les banques centrales, en particulier la Fed. La discussion est à l’époque présidée par Janet Yellen. Les intervenants sont Lorenzo Bini Smaghi, Président de la Banque centrale italienne, Mervyn King, l’ancien président de la Banque centrale d’Angleterre et Mike Woodford, un professeur d’économie de l’Université de Columbia.

Les banquiers centraux reconnaissent qu’ils doivent assurer la stabilité du système financier
Pour commencer, la future présidente de la Fed rappelle les principaux changements intervenus sous l’ère Bernanke. Elle explique comment après avoir abaissé son principal taux d’intérêt à 0%, la Fed s’est vue dans l’obligation de mettre en place des mesures exceptionnelles pour combattre le chômage massif aux Etats-Unis. Rachat d’actifs, meilleur communication sur ses intentions (forward guidance), l’arsenal utilisé a pu être crée en raison du mandat bien particulier de l’institution. Contrairement à d’autres banques centrales comme la BCE, veiller au chômage et au taux de croissance du pays fait partie de son mandat.

En somme, l’instabilité du système financier qui a provoqué la crise a obligé la Fed à créer de nouveaux outils pour remettre les banques sur pied et relancer l’économie. Le problème c’est qu’aujourd’hui ces nouveaux outils montrent leurs limites. Les économistes s’inquiètent  que les politiques de sauvetages ne portent en eux les germes du désastre futur.

Impacts de la politique monétaire de la Fed pour sortir de la crise
L’abaissement du taux d’intérêt à 0% et les rachat d’actifs, principalement de bonds du Trésor et de produits financiers crées à partir de prêts immobiliers (Mortgage Backed Securities dont les plus pourris ont été baptisés subprimes), avaient plusieurs objectifs : abaisser le cout du crédit pour les entreprises et supprimer les mauvaises créances du bilan des banques grâce à leur rachat par la Fed. Pour que l’économie redémarre, il fallait effectivement aider les banques à reprendre leur activité de crédit aux entreprises. Seulement dans un contexte de ralentissement extrême, prêter à des entreprises s’avère relativement risqué et peu rémunérateur. Pour un investisseur, il est plus intéressant d’attendre que la tempête passe ou d’aller chercher d’autres opportunités, sur les marchés émergents ou sur des produits financiers rassurants comme l’or ou les bonds du Trésor par exemple. Avec ces rachats d’actifs, la Fed rend les bonds du Trésor américain moins couteux pour l’Etat mais aussi moins rémunérateurs. Une façon de rendre, en comparaison, les prêts aux entreprises plus intéressant pour les banques et les fonds d’investissements. L’afflux d’argent faisant bien sûr baisser les taux d’intérêts, c’est donc une façon pour la Fed d’abaisser le coût du crédit pour toute une partie de la société.

L’autre conséquence, c’est que le marché action, qui a fortement baissé depuis la crise, redevient attractif. Conséquence, la hausse des cours de bourse se généralise quitte à s’auto-alimenter voire à s’emballer. Les indices boursiers atteignent aujourd’hui des niveaux records. Pour de nombreux observateurs, la politique de la Fed a favorisé l’émergence d’une bulle spéculative qui risque d’éclater et de mettre en danger la reprise. De nombreux investisseurs disent aujourd’hui avoir la main posée sur la gâchette, prêts à vendre. Ils guettent le moindre signe pour réallouer une grande partie de leurs actifs. Rien de mieux qu’un mouvement général de vente pour déclencher un krach.

L’autre point qui pose problème c’est qu’en achetant à tout de bras, la Fed a vu son bilan considérablement augmenter. Dans son discours d’adieu, Bernanke a commencé à admettre qu’à terme la note risquait d’être un peu plus salée que prévue. Comme c’est la première fois qu’une telle politique est entreprise aux Etats-Unis, les conséquences sont difficiles à prévoir. Rien de plus inquiétant pour le monde économique.

Changer le mandat de la Fed ?
Bien consciente des défis qui l’attendent, après ce premier bilan, Janet Yellen, en vient rapidement à LA question qui taraude tous les économistes dans la salle : Comment gérer le secteur financier ?

Janet Yellen: « The greater focus on financial stability is probably the largest shift in central bank objectives wrought by the crisis ».

Si la future présidente de la Fed ne demande pas clairement une mise à jour du mandat de l’institution, elle le sous entend. En effet, la stabilité du système financier ne peut faire partie des « objectifs » de l’institution sans que cela soit clairement mentionné dans son mandat. Si c’était le cas, elle aurait peut-être besoin d’élargir ses domaines de compétence,  notamment en terme de régulation bancaire et financière.  Un élargissement impensable qui donnerait des pouvoirs politiques à une organisation non élue. Une décision qui serait également une violation d’une règle sacrée pour les banques centrale, leur indépendance totale vis à vis du pouvoir politique.  La question mérite d’être posée et risque probablement de l’être bien plus tôt que prévu.

Circulez il n’y rien à voir
Quant à la façon dont la Fed envisage de gérer l’emballement qu’elle a crée, Janet Yellen commence par dédramatiser. Pour sa future présidente, les institutions financières tentent bien évidemment de profiter des conditions monétaires favorables, mais la situation est sous contrôle. Quand bien même il faudrait agir, ce n’est probablement pas une hausse de taux qu’elle semble privilégier. Une mesure trop brusque qui manque de subtilité puisqu’elle affecte tous les secteurs simultanément sans prendre en compte les particularités et la santé de chacun. Elle évoque d’autres mesures, dites macro-prudentielles ou de régulation, sur lesquelles nous reviendrons ultérieurement, puisqu’elles sont une innovation majeure de ces dernières années et qu’une partie entière du séminaire du FMI leur était consacrée.

Janet Yellen: « Obviously, risk-taking can go too far. Low interest rates may induce investors to take on too much leverage and reach too aggressively for yield. I don’t see pervasive evidence of rapid credit growth, a marked buildup in leverage, or significant asset bubbles that would threaten financial stability. But there are signs that some parties are reaching for yield, and the Federal Reserve continues to carefully monitor this situation. (…) However, I think most central bankers view monetary policy as a blunt tool for addressing financial stability concerns and many probably share my own strong preference to rely on micro- and macroprudential supervision and regulation as the main line of defense. »

Comment en est-on arrivé là ? Pour certains économistes, si les remèdes utilisés contiennent les germes des crises futurs, c’est que nous avons une compréhension encore très restreinte des mécanismes à l’œuvre sur les marchés financiers. En langage normal cela veut dire que les banquiers centraux ne comprennent rien à la finance. Plongés dans leur modèles économiques ils en sont relativement déconnectés et  dépassés par le rythme des innovations financières.

Pour gérer l’instabilité des marchés financiers, il faut mieux les comprendre
Dans son intervention, Lorenzo Bini-Smaghi, membre du directoire de la BCE souligne que malgré les politiques exceptionnelles qui ont été menées, la croissance ne repart pas. Deux solutions : aller plus loin dans les politiques expansionnistes ou en déduire qu’elles ne s’attaquent pas au cœur du problème et changer de direction. Deux stratégies qu’il conviendrait de tester. Le problème selon lui, c’est que les modèles d’analyse actuels ne prennent pas suffisamment en compte l’influence que les marchés financiers exercent sur l’économie

Actuellement, l’idée directrice est qu’en maîtrisant l’inflation, les banques centrales garantiraient un cadre favorable à la croissance. Elles s’appuient sur les marchés pour agir sur les niveaux de prix de l’économie réelle. Le mouvement des taux d’intérêts affecte le prix des actifs qui affecte à son tour celui des biens. Le problème c’est que le prix des actifs semble obéir à ses propres cycles. Aujourd’hui les bulles explosent avant que les mouvements de prix des actifs n’aient pu se transmettre à l’économie. Peut-être est-on arrivé à un point ou le système financier évolue selon des cycles nouveaux, différents du reste de l’économie. Pour le président de la Banque d’Italie, la priorité serait de mettre à jour les modèles d’analyse pour mieux comprendre l’impact du système financier sur la politique monétaire et sur la formation des prix. De la même manière que les modèles des années 1960 ont pu s’enrichir de la théorie dite de « rational expectations », la théorie économique actuelle devrait s’enrichir d’une meilleure compréhension du fonctionnement des marchés.

Lorenzo Bini-Smaghi : « But it is fair to ask, as some economists did 40 years ago, whether the real world really looks like the models that policymakers use, and whether agents are indeed so naïve as to accept passively financial repression. The fact that monetary policy is not as effective as we thought may suggest that it’s not the economic agents who are naïve. »

Dans un monde ou les banques centrales sont incapables d’intégrer le fonctionnement des marchés financiers à leurs décisions, la politique monétaire risque de rester inefficace. En période de faible inflation, il est par exemple possible que le maintient pendant une longue période d’une politique monétaire accommodante finissent par créer une bulle spéculative. Si cette bulle financière éclate avant que l’inflation n’ait pu se matérialiser dans l’économie réelle, elle provoquera une poussée déflationniste qui encouragera la poursuite de cette politique monétaire.  Les faibles taux d’intérêts peuvent être un facteur de déséquilibre alors même que l’inflation ne se fait pas sentir. Dans ce cas, c’est la politique monétaire qui s’adapte aux marchés financiers et non l’inverse.

Après la crise, Bernanke a fait ce qu’il pouvait pour éviter une catastrophe, il s’agit maintenant de comprendre ce qui a été fait. L’économie a grandement besoin de mettre à jour ses modèles pour trouver un chemin paisible après la tornade de 2008. Janet c’est à toi, si tu as un doute, tu as le droit de passer un coup de fil à un ami.

Quelques articles à lire pour aller plus loin sur cette conférence:
– 3 bilans de la conférence selon Olivier Blanchard, Stiglitz et Akerlof
– Le programme complet avec toutes les interventions et papers de recherche
– La dernière conférence en date organisée par le FMI en novembre, bilan et programme

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La BCE sur tous les fronts

Sans moyens budgétaires et coincés par les élections législatives européennes, les dirigeants s’impatientent de voir la croissance repartir. Ils devront probablement attendre fin 2014 pour respirer un peu. D’ici là, leur seul espoir viendra d’un coup de pouce de Francfort. La BCE est attendue au tournant sur plusieurs dossiers brûlants. Elle peut agir mais n’attendez pas de miracle. État des lieux.

Le risque de la déflation.

Le mois dernier, Mario et les gouverneurs avaient préféré attendre. Hausse ou baisse du taux directeur (aujourd’hui à 0,5%), baisse ou maintien du taux de rémunération des dépôts (aujourd’hui à 0%), mega prêts à taux réduit pour les banques (LTRO), sur tous ces dossiers, les désaccords au sein du conseil des gouverneurs n’ont pas été tranchés. On discute des modalités, du timing, on hésite, bref on attend les chiffres.

Justement, plusieurs statistiques intéressantes sont tombées ce mois-ci. L’inflation en Zone Euro tout d’abord. Avec une hausse des prix limitée à 0,7% sur les 12 derniers mois contre 1,1% en septembre, la BCE est bien en dessous de son objectif de 2%. A force de vouloir maîtriser l’inflation et de limiter le soutien à l’économie, la zone euro est sur le point d’entrer dans une spirale déflationniste. Pas la meilleure stratégie pour réduire son endettement. Mais derrière ce chiffre se cachent des situations très différentes selon les pays. Les données du mois d’octobre ne sont pas encore disponibles par pays mais  il y a fort à parier que la Grèce (-1,0% en septembre), l’Irlande (0,0%), le Portugal (+0,3%), l’Espagne (+0,5%) sont entrés en territoire déflationniste. Même en Allemagne, l’augmentation des prix ne dépassait pas 1,6% en septembre. Bref, les prix baissent dans les pays en difficulté et stagnent ailleurs, jusque là rien de surprenant.

Quand les prix montent les médias crient à la perte de pouvoir d’achat alors pourquoi devrait-on s’inquiéter quand ils baissent ?

Tout est une question de mesure. Si les prix baissent légèrement, les conséquences ne sont pas catastrophiques. A court terme, les pays d’Europe du Sud restaurent un peu leur compétitivité et relancent leurs exportations et la consommation. Jusque là tout va bien. La question est de savoir combien de temps cette baisse va durer. Si la spirale déflationniste dure plusieurs années comme ce fut le cas au japon à partir des années 1990 et l’éclatement de la bulle immobilière, il faudra s’armer de patience avant de voir la croissance et l’emploi repartir. Le plus inquiétant c’est que sans inflation, entreprises et Etats auront encore plus de mal à se désendetter.

Malgré ces chiffres inquiétants, la BCE doit-elle agir sur ses taux ? Pas sûr car d’après une étude menée par deux économistes de la London School of Economics et citée par Jean Marc Vittori dans les Echos d’aujourd’hui, si les hausses de taux enrayent l’inflation, leur baisse ne permet en général pas de la relancer. Les taux sont déjà très bas, l’effet d’une baisse supplémentaire sur les prix et l’activité semble limitée. De plus, des prix qui baissent traduisent surtout des niveaux de consommation très faibles. Pour créer des emplois dans ces conditions, les économies européennes seraient entièrement dépendantes de la compétitivité de leurs exportations. La majorité s’effectuant au sein de l’UE, il faudrait d’abord penser à rétablir la compétitivité des pays du sud de l’Europe par rapport à ceux du Nord. L’instauration d’un smic en Allemagne serait un premier pas plus convaincant qu’une baisse supplémentaire des taux d’intérêt. Une action indépendante des gouverneurs de la BCE. Pour relancer l’activité, ils peuvent en revanche stimuler l’activité et l’assainissement du secteur bancaire

Les crédits touchent le fond

Début octobre, l’Institut International de la Finance en partenariat avec le cabinet de conseil Bain publiait un rapport sur les prêts accordés aux petites et moyennes entreprises. Le volume de prêts aurait chuté de 82% en Irlande, 66% en Espagne, 45% au Portugal, 37% en France et 21% en Italie depuis le début de la crise. Une situation préoccupante d’autant que les taux d’intérêts demandés dans ces pays sont de 4 à 6 points plus élevés qu’en Allemagne. Un frein considérable pour l’investissement et l’emploi dans les PME.

Pour mieux comprendre ce qui pousse les banques à accorder ou refuser des crédits, la BCE sonde les banquiers chaque trimestre via le Bank Lending Survey. Mardi dernier la publication du rapport pour le 3ème trimestre semblait confirmer l’amélioration observée depuis fin 2012. Bien sûr la situation pouvait difficilement empirer. Le nombre de banques qui déclare restreindre les conditions de crédit ne représente plus que 5% des établissements. Les deux principaux facteurs incitatifs, et c’est là l’information la plus intéressante, étant l’état de leur liquidité (vive les LTROs) et l’accès au marché interbancaire. Les perspectives économiques et le coût d’éventuelles recapitalisations constituent pour leur part les principaux freins au crédit. Voilà des informations qui devraient inciter Mario Draghi à demander aux gouverneurs d’accepter son nouveau round de prêts longue durée (LTRO conditionnées cette fois). Une mesure d’autant plus nécessaire que les prochains stress tests risquent d’exposer de nouvelles failles dans la structure capitalistiques des banques et diminuer l’ardeur des banquiers à accorder de nouveaux crédits.

L’épreuve des stress-tests : trouver le bon dosage

La BCE est soumise à deux injonctions contradictoire qui nécessite beaucoup de doigté : montrer que les stress-tests qu’elle supervise sont crédibles afin de découvrir les failles du système sans  pour autant dévoiler de fragilités trop inquiétantes pour les investisseurs et les marchés. Certaines banques devront être épinglées et sacrifiées, mais pas trop. Certes on peut faire dire ce que l’on veut à des tests dont on maîtrise les critères mais cela doit être crédible et intelligent.

L’objectif est de contraindre les banques en difficultés à nettoyer une bonne fois pour toute leur bilan. C’est à dire à abandonner les prêts qu’elles ne pourront jamais récupérer et assumer leurs pertes (« non-performing loans » ou NPLs). Plusieurs études récentes s’inquiètent du nombre de NPLs qui peuplent encore le bilan des banques et limitent la reprise. Le sujet est crucial en Irlande, au Portugal et en Espagne.

Banques en difficultés : où trouver l’argent pour combler les trous

Une fois les stress-tests effectués, le plus délicat sera probablement de contraindre les banques en difficultés à se recapitaliser. Une procédure souvent douloureuse pour les actionnaires qui doivent accepter un rabais sur leur participation. Pour cela, plusieurs options sont sur la table. Là encore, la BCE devra manœuvrer entre les dissensions européennes pour s’imposer. D’après The Economist, plusieurs pays dont la France et l’Allemagne refuseraient d’autoriser le fonds de secours européens de participer lui-même à ces augmentations de capital. Contrairement à la BCE et au Royaume-Uni, elles préfèreraient imposer un bail-in aux détenteurs d’obligations. Cela reviendrait à transformer les créanciers en actionnaires, une autre façon de leur faire accepter des pertes sur leurs prêts. Une mesure qui transformerait radicalement le statut des obligations sur les marchés financiers. En conséquence, les taux d’intérêts demandés sur ces obligations serait probablement revus à la hausse. Les banques paieraient alors davantage pour se financer. Pas forcément l’effet désiré.

La BCE arbitre désigné de l’Union bancaire

Les stress-tests nous amènent tout naturellement à la dernière difficulté de Mario Draghi, le dossier de l’Union Bancaire. Un dossier que tous les dirigeants européens et les économistes qualifient d’indispensable pour restaurer la confiance et relancer la croissance. Le problème c’est que les états-membres s’écharpent sur les modalités d’application d’un tel dispositif. Si tous sont d’accord pour confier à la BCE le rôle d’analyser et de surveiller l’état de santé des banques européennes, Berlin hésite à donner à Francfort les pouvoirs juridiques de contraindre les banques en difficultés. Les politiques allemands craignent de voir les bureaucrates de la BCE fourrer leur nez dans les comptes des caisses d’épargne gérées par les régions. (voir article précédent). Londres demande la double majorité pour voter de nouvelles régulations. En plus d’une majorité au sein des 27, elle demande que les décisions s’appliquant aux pays situés en dehors de la zone euro ne puissent pas être imposées par des pays de la zone euro. En clair, pour contraindre la City, il faudrait une majorité des 27 plus une majorité des 11 pays hors zone euro (Suède, Danemark, Croatie, Royaume-Uni, Pologne, République Tchèque, Hongrie, Lettonie, Bulgarie, Roumanie). Un véritable casse-tête institutionnel qui sent bon l’immobilisme.

L’institution de Francfort refuse de prendre position sur les négociations  qui divisent les États membres. Elle se pose en exécutant docile tout en rappelant qu’il serait impensable de lui confier des missions qui entreraient en contradiction avec son rôle premier à savoir la maîtrise des prix.  Son inquiétude ? Voir ses activités de superviseur du système bancaire lui donner accès à des informations qui influenceraient sa politique monétaire. Un conflit d’intérêt et une perte d’indépendance dont les gouverneurs de la BCE se méfient particulièrement.

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Journées de Bruxelles : « Le libéralisme a-t-il tué l’Europe »

La première conférence de vendredi réunissait Thomas Piketty (économiste spécialiste des questions fiscales), Paul Magnette (bourgmestre de Bruxelles) et Joaquin Almunia (Commissaire Européen à la concurrence) autour de la question « le libéralisme a-t-il tué l’Europe ? »

Sans changements des institutions pas de politique économique commune
Premier constat, aucun des intervenants ne s’attarde sur le thème initial. Tous préfèrent discuter des changements institutionnels nécessaires pour  une politique économique commune en Europe. La priorité ? Un parlement fort et une commission plus ouverte au débat pour Paul Magnette. Le maire de Bruxelles insiste sur la légitimité et la responsabilité (accountability) de la Commission Européenne et en particulier de son commissaire aux affaires économiques Oli Rehn, « Aujourd’hui nous ne savons pas vraiment qui est responsable (« accountable ») de la politiques économique de l’UE et devant qui ? ». L’Europe est impopulaire, dit-il, parce qu’elle n’apparaît pas comme un lieu d’échange et de débat. Elle impose sa pensée unique et l’orthodoxie économique de Mr Rehn en est le symbole. La Commission pense seule, hors de tout contrôle citoyen.

Quand il est sollicité, Thomas Piketty est inaudible, il marmonne dans sa barbe puis relève son micro et un point intéressant : le conseil des chefs d’états, officiellement baptisé Conseil de l’Europe, ne peut pas débattre et prendre des décisions constructives sur les sujets les plus importants. Tout d’abord, les questions les plus cruciales comme par exemple l’impôt commun sur les entreprises, se décident à l’unanimité. Ensuite, la structure même du conseil ne permet pas d’avancer. La réunion des chefs d’état ne permet pas d’aller au fond des choses. A eux seuls, ils ne représentent pas les différentes opinions de leur pays. Impossible donc, de prendre des décisions trop engageantes au nom de leur pays. Thomas Piketty suggère que des représentants des parlements nationaux participent au processus de décision. Une solution qui permettrait d’approfondir les domaines de coopérations et d’instaurer un organe de pilotage efficace et représentatif de chaque état membre.

Pour en finir avec l’ultra-libéralisme, il faut en finir avec la règle de l’unanimité ?
Et le libéralisme dans tout ça ? Depuis le début, le sujet est évité. Thomas Piketty marmonne bien qu’il est en faveur de l’enrichissement par les échanges ensuite plus rien. Les questions de l’audience vont rappeler les intervenants à l’ordre. Caché parmi l’audience, Pascal Lamy est repéré, on lui demande d’intervenir et d’expliquer ce qu’est le libéralisme. Il précise qu’en fonction des langues et des culture, le mot possède un sens bien différent. Pour les Français, le libéralisme est un pêché car il est synonyme de dérégulation. Pour les anglo-saxons, « liberalism » signifie seulement développement des échanges et il n’est pas automatiquement associé à la « deregulation ». L’enjeu pour l’Europe conclut-il est d’ouvrir les frontières pour créer un espace de libre échange ou les mêmes règles s’appliquent à tous. Elles ne doivent en aucun cas disparaître  mais s’harmoniser pour permettre une compétition plus juste.
Pour  cela, ajoute Paul Magnette, il faut en finir avec la règle de l’unanimité : « En réalité, au moment ou le Royaume-Uni a renégocié ses conditions d’adhésion dans les années 1990 puis lors du traité de Maastricht, Margareth Thatcher a fait en sorte que les domaines qui l’intéressaient, à savoir l’abaissement des tarifs douaniers, étaient décidés à la majorité pour que les choses avancent. Pour les autres domaines, où elle était plus hostile à toute réglementation européenne, comme la fiscalité ou le droit du travail, elle a imposé l’unanimité. La conséquence c’est que l’Europe n’a plus avancé dans ces domaines-là. Or pour que le marché unique fonctionne et soit juste, il faut un certain nombre de règles communes. Comment imaginer un marché unique juste avec 27 taux d’imposition différents sur les entreprises ? Il faut en finir avec cette asymétrie institutionnelle entre  questions économiques et sociales»

Des réformes qui permettraient donc de réguler après avoir beaucoup dérégulé. Une idée intéressante qui rencontrera sûrement beaucoup d’adversaires à travers l’UE.

Le mot de la fin est pour Jean Gabin. Dans le film le Président d’Henri Verneuil, il est Emile Beaufort, Président du Conseil et s’exprime ici devant l’Assemblée Nationale. Une leçon d’Europe et de démocratie.

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