Finance & Géopolitique

Pourquoi Donald Trump va-t-il vraiment s’attaquer aux accords commerciaux

Au lendemain de l’élection de Donald Trump, beaucoup de ses détracteurs se rassuraient en avançant que ses propositions les plus inquiétantes seraient soit impossible à mettre en oeuvre sans l’accord du Congrès, trop complexes ou trop dangereuses pour les intérêts des Etats-Unis.

Lui qui a promis de s’attaquer aux accords commerciaux conclus avec le Mexique ou de sanctionner la Chine, dispose d’une marge de manoeuvre importante et place déjà ses pions pour honorer ses promesses.

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La possibilité de frapper vite et fort

En matière de commerce, tout nouvel accord commercial doit par exemple être adopté par les deux chambres.

En revanche, le président américain peut facilement annuler un accord existant. Une simple lettre suffit, le préavis est alors de 6 mois.

Pour augmenter les droits de douane, Donald Trump peut aisément piocher dans la législation existante:

  • La loi dite  » Trading with the Enemy Act » lui permet de réguler le commerce en cas de guerre ou « d’urgence nationale », une définition relativement floue, utilisée par Nixon en 1971 pour augmenter les droits de douane de 10%.
  • Donal Trump peut aussi invoquer « une menace anormale et extraordinaire » pour utiliser  l’International Emergency Economic Powers Act de 1977.
  • Une autre loi de 1962 lui permet d’intervenir dans le commerce international pour préserver la sécurité nationale.
  • Enfin, le Trade Act de 1974 permet au président d’augmenter les taxes de 15% pendant 150 jours pour combattre le déficit.

En clair, même sans l’aval du Congrès, Donald Trump peut déclencher une guerre commerciale rapide contre ses ennemis déclarés, la Chine et le Mexique.

Une équipe compétente, opposée au libre-échange

robert_lighthizer_official_transition_portraitPour mener cette guerre, encore faut-il de bons généraux, doués, compétents et prêt à l’action.

Pour cela, Donald Trump a déjà fait son choix: Robert Lighthizer. Ce vieux routier du parti Républicain a été nommé mardi dernier négociateur en chef pour le commerce.

Ambassadeur puis ministre sous Reagan, cet ancien avocat d’affaire réputé a passé plusieurs décennies à défendre les grands groupes américains dans leurs disputes commerciales.

Connu à Washington pour avoir une connaissance très détaillée des dossiers il est également une figure du parti républicain, un allié stratégique pour obtenir le soutien d’une majorité républicaine plutôt hostile au protectionnisme. Le pape du commerce international au Peterson Institute, Gary Hufbauer, le décrit comme « intelligent et très rapide, il connait par cœur le code du commerce et les positions politiques sur le sujet à Washington ».

Compétent, Robert Lighthizer partage en outre depuis longtemps les convictions de Donald Trump.

En 2008, dans une tribune publiée dans le New York Times, il prônait déjà une approche plus radicale avec la Chine:

« Le pragmatisme du président Reagan était très différent des rêves utopiques des libre-échangistes (…) qui poursuivent leurs passions avec un zèle qui ferait passer Robespierre pour un homme prudent. 

 Ils ne laissent aucune place aux aspects pratiques, à la nuance ou à la souplesse. Ils embrassent le libre-échange d’une façon effrénée, même si cela aide la Chine à devenir une superpuissance. Ils ne voient que des lignes claires, même quand il s’agit de se plier aux caprices des bureaucrates anti-américains de l’Organisation mondiale du commerce. Ils s’opposent à toute restriction commerciale, même si nous devons dépendre des pays étrangers pour nous nourrir ou équiper nos militaires. Ils ne voient que le dogme – peu importe combien d’emplois sont perdus, combien le déficit commercial augmente ou à quel point le dollar chute. »

Pour mener son bras de fer commercial, Donald Trump a choisi un homme d’expérience, de conviction, compétent et connecté, réputé pour être « l’homme le plus protectionniste de Washington », le signe qu’une nouvelle donne économique semble en préparation.

Renégocier les accords, ouvrir de nouveaux secteurs ? 

Dans son livre, « The Art of the Deal », Donald Trump dévoile un style de négociation relativement simple: « Je vise très haut et ensuite je pousse encore et encore jusqu’à ce que j’obtienne ce que je veux ».

Mais que veut-il exactement ? 

Probablement pas de supprimer les accords de libre échange, ce serait suicidaire.

La Chine achète 60% du soja américain, les constructeurs automobiles vendent plus de voitures en Chine qu’aux Etats-Unis et Boeing est engagé dans un guerre sans merci contre Airbus en Chine.

Ouvrir de nouveaux secteurs et  en protéger certains, côté américain, serait en revanche plus crédible. Pour y parvenir, Trump devra dévoiler ses cartes, lui qui répète à longueur de page qu’il faut négocier en position de force:

« The best thing you can do is deal from strength, and leverage is the biggest strength you can have. Leverage is having something the other guy want. Or better yet, needs. Or best of all, simply can’t do without. »

Les cas Ford et Carrier des dernières semaines soulignent déjà l’importance stratégique des investissements américains pour le Mexique et sa capacité à les influencer.

L’accord de libre-échange en vigueur en Amérique du Nord date de 1992. De nouveaux secteurs sont apparus comme  le numérique, ou se sont complexifiés. Donald Trump pourrait être tenté de mettre à jour le NAFTA, exclure certains secteurs et négocier l’ouverture de nouveaux.

Une remise en cause totale des accords de libre-échange semble risquée mais un premier coup de semonce aurait l’avantage de frapper les esprits, de satisfaire son électorat et d’entamer le bras de fer.

Avec le Mexique, déjà en plein chaos social (cf. manifestations monstres contre la hausse du prix de l’essence), cela semble facile, avec la Chine on demande à voir.

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Comment Daech gagne de l’argent

Contrairement à Al-Qaïda, qui dépendait surtout des trafics et des donations étrangères, l’organisation État Islamique possède des moyens financiers inédits et diversifiés. Ils correspondent surtout aux ressources naturelles du territoire qu’elle contrôle. D’après le rapport très détaillé établi par Jean-Charles Brisard et Damien Martinez, les revenus avoisineraient les 2,9 milliards de dollars par an.

  • 55% grâce au pétrole et au gaz vendus à la population, aux entreprises ou à d’autres groupes armés de la région via des intermédiaires. Des kilomètres de camions citernes, appartenant à des traders/trafiquants indépendants, feraient la queue en permanence devant les puits contrôlés par Daech.
  • 20% grâce à la vente de produits chimiques fabriqués dans les usines saisies: mines de phosphate, cimenteries…
  • 12% grâce aux impôts en tout genre qui pèsent sur les populations sous son contrôle: taxe de 5% sur tous les salaires, licences commerciales, péages routiers, taxe de 20% sur les biens archéologiques revendus, sur les retraits bancaires…
  • 7% grâce aux ressources agricoles saisies dans certaines vallées fertiles d’Irak.
  • 4% via les kidnapping et rançons
  • 2% via les donations étrangères

Ma chronique de lundi 16 novembre sur France 24:

Pour aller plus loin:

 

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