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Géopolitique, relations avec la Silicon Valley, démocratie, faut-il avoir peur de Donald Trump ?

Avec l’entrée en fonction imminente de Donald Trump, nous allons bientôt entrer dans une nouvelle ère géopolitique, un moment de basculement ou la plus grande puissance militaire et économique de la planète modifie radicalement son comportement vis à vis des autres nations.

Sécurité, défense, accords commerciaux, fiscalité, droit du travail, réglementation, écologie, pétrole, tous les domaines sont concernés.

Au delà du fantasme Trump nous en savons en général trop peu sur les contraintes, les enjeux, les motivations et les personnalités qui conduisent le destin des autres pays de la planète.

Je conseille donc à tous de visionner cette analyse passionnante d’Ian Bremmer, président d’un grand think tank américain (Eurasia Group). Elle dure environ 30 min et passe en revu les risques géopolitiques pour 2017. Relations avec la Russie, les monarchies du Golfe, la Chine et les autres pays asiatiques, l’analyse est passionnante.

Pas de réponse définitive mais des questions et une mise en contexte simple et brillante

https://charlierose.com/video/player/29658

A la fin Ian Bremmer s’interroge sur les relations entre Trump et le monde de la Tech autour de plusieurs sujets: politique migratoire, accès aux données et création/destruction d’emplois.

Il évoque aussi les risques liés à la personnalité du nouveau président:

  • Incompétent ? Elle l’empêcherait de comprendre une situation de crise
  • Corruption ? Ses conflits d’intérêts le pousseraient à ignorer la réalité
  • Autoritarisme ? sa soif de pouvoir le pousse à tirer profit des événements pour augmenter son pouvoir au détriment des autres (le plus dangereux selon Bremmer)

La conclusion est simple (spoiler alert!) nous n’en savons pas assez pour le moment sur la personnalité de Donald Trump et ses intentions réelles.

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Finance & Géopolitique

Pourquoi Donald Trump va-t-il vraiment s’attaquer aux accords commerciaux

Au lendemain de l’élection de Donald Trump, beaucoup de ses détracteurs se rassuraient en avançant que ses propositions les plus inquiétantes seraient soit impossible à mettre en oeuvre sans l’accord du Congrès, trop complexes ou trop dangereuses pour les intérêts des Etats-Unis.

Lui qui a promis de s’attaquer aux accords commerciaux conclus avec le Mexique ou de sanctionner la Chine, dispose d’une marge de manoeuvre importante et place déjà ses pions pour honorer ses promesses.

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La possibilité de frapper vite et fort

En matière de commerce, tout nouvel accord commercial doit par exemple être adopté par les deux chambres.

En revanche, le président américain peut facilement annuler un accord existant. Une simple lettre suffit, le préavis est alors de 6 mois.

Pour augmenter les droits de douane, Donald Trump peut aisément piocher dans la législation existante:

  • La loi dite  » Trading with the Enemy Act » lui permet de réguler le commerce en cas de guerre ou « d’urgence nationale », une définition relativement floue, utilisée par Nixon en 1971 pour augmenter les droits de douane de 10%.
  • Donal Trump peut aussi invoquer « une menace anormale et extraordinaire » pour utiliser  l’International Emergency Economic Powers Act de 1977.
  • Une autre loi de 1962 lui permet d’intervenir dans le commerce international pour préserver la sécurité nationale.
  • Enfin, le Trade Act de 1974 permet au président d’augmenter les taxes de 15% pendant 150 jours pour combattre le déficit.

En clair, même sans l’aval du Congrès, Donald Trump peut déclencher une guerre commerciale rapide contre ses ennemis déclarés, la Chine et le Mexique.

Une équipe compétente, opposée au libre-échange

robert_lighthizer_official_transition_portraitPour mener cette guerre, encore faut-il de bons généraux, doués, compétents et prêt à l’action.

Pour cela, Donald Trump a déjà fait son choix: Robert Lighthizer. Ce vieux routier du parti Républicain a été nommé mardi dernier négociateur en chef pour le commerce.

Ambassadeur puis ministre sous Reagan, cet ancien avocat d’affaire réputé a passé plusieurs décennies à défendre les grands groupes américains dans leurs disputes commerciales.

Connu à Washington pour avoir une connaissance très détaillée des dossiers il est également une figure du parti républicain, un allié stratégique pour obtenir le soutien d’une majorité républicaine plutôt hostile au protectionnisme. Le pape du commerce international au Peterson Institute, Gary Hufbauer, le décrit comme « intelligent et très rapide, il connait par cœur le code du commerce et les positions politiques sur le sujet à Washington ».

Compétent, Robert Lighthizer partage en outre depuis longtemps les convictions de Donald Trump.

En 2008, dans une tribune publiée dans le New York Times, il prônait déjà une approche plus radicale avec la Chine:

« Le pragmatisme du président Reagan était très différent des rêves utopiques des libre-échangistes (…) qui poursuivent leurs passions avec un zèle qui ferait passer Robespierre pour un homme prudent. 

 Ils ne laissent aucune place aux aspects pratiques, à la nuance ou à la souplesse. Ils embrassent le libre-échange d’une façon effrénée, même si cela aide la Chine à devenir une superpuissance. Ils ne voient que des lignes claires, même quand il s’agit de se plier aux caprices des bureaucrates anti-américains de l’Organisation mondiale du commerce. Ils s’opposent à toute restriction commerciale, même si nous devons dépendre des pays étrangers pour nous nourrir ou équiper nos militaires. Ils ne voient que le dogme – peu importe combien d’emplois sont perdus, combien le déficit commercial augmente ou à quel point le dollar chute. »

Pour mener son bras de fer commercial, Donald Trump a choisi un homme d’expérience, de conviction, compétent et connecté, réputé pour être « l’homme le plus protectionniste de Washington », le signe qu’une nouvelle donne économique semble en préparation.

Renégocier les accords, ouvrir de nouveaux secteurs ? 

Dans son livre, « The Art of the Deal », Donald Trump dévoile un style de négociation relativement simple: « Je vise très haut et ensuite je pousse encore et encore jusqu’à ce que j’obtienne ce que je veux ».

Mais que veut-il exactement ? 

Probablement pas de supprimer les accords de libre échange, ce serait suicidaire.

La Chine achète 60% du soja américain, les constructeurs automobiles vendent plus de voitures en Chine qu’aux Etats-Unis et Boeing est engagé dans un guerre sans merci contre Airbus en Chine.

Ouvrir de nouveaux secteurs et  en protéger certains, côté américain, serait en revanche plus crédible. Pour y parvenir, Trump devra dévoiler ses cartes, lui qui répète à longueur de page qu’il faut négocier en position de force:

« The best thing you can do is deal from strength, and leverage is the biggest strength you can have. Leverage is having something the other guy want. Or better yet, needs. Or best of all, simply can’t do without. »

Les cas Ford et Carrier des dernières semaines soulignent déjà l’importance stratégique des investissements américains pour le Mexique et sa capacité à les influencer.

L’accord de libre-échange en vigueur en Amérique du Nord date de 1992. De nouveaux secteurs sont apparus comme  le numérique, ou se sont complexifiés. Donald Trump pourrait être tenté de mettre à jour le NAFTA, exclure certains secteurs et négocier l’ouverture de nouveaux.

Une remise en cause totale des accords de libre-échange semble risquée mais un premier coup de semonce aurait l’avantage de frapper les esprits, de satisfaire son électorat et d’entamer le bras de fer.

Avec le Mexique, déjà en plein chaos social (cf. manifestations monstres contre la hausse du prix de l’essence), cela semble facile, avec la Chine on demande à voir.

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