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Pétrole : 5 questions après l’échec de Doha

Avec l’échec dimanche dernier de la conférence de Doha, il faudra probablement attendre beaucoup plus longtemps que prévu pour voir les prix du pétrole repartir à la hausse. Alors que la Chine et le Brésil consomment beaucoup moins, que l’Europe est toujours au ralenti,  les pays producteurs eux sont finalement toujours incapables de s’entendre pour limiter voire diminuer leur production. 

Petit tour d’horizon des grandes questions soulevées par l’échec de Doha.

  1. Nouvelle dégringolade en vue ?

Depuis un an, chaque pays tente de compenser la baisse des cours en pompant toujours plus. D’après l’Agence Internationale de l’Énergie (IEA) les stocks de pétrole atteignent 1,5 millions de barils/jour et ce depuis plusieurs trimestres (cf. barres vertes dans le graphe ci-dessous).

Avec un pétrole autour des 40$/baril, de nombreux producteurs américains font faillite chaque jour. Près de 80% des puits seraient déjà à l’arrêt. A ce rythme là, l’IEA s’attend à voir les excédents diminuer fortement fin 2016, autour de 0,2 millions de barils/jour.

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Conséquence le déséquilibre entre l’offre et la demande ne devrait pas se résorber avant la fin de l’année. La baisse devrait donc continuer à court terme.

Vus les niveaux de stocks emmagasinés depuis des mois, seul un choc psychologique de grande ampleur pourrait pousser les traders et les banques à anticiper une remontée des prix et donc à la provoquer. C’est ce type d’annonce qui devait émerger de Doha.

     2. L’OPEP paralysée par la rivalité Arabie Saoudite – Iran ?

C’est le grand enseignement de Doha, l’Arabie Saoudite semble prête à se tirer une balle dans le pied pour ne pas voir son rival iranien s’enrichir.

Après 10 ans de sanctions économiques, l’Iran était réfractaire à toute réduction de sa production de pétrole et n’avait même pas envoyé de délégués à Doha. Dans les semaines qui ont précédé la réunion, L’Arabie Saoudite avait quant à elle semblé plus conciliante, acceptant peut être des efforts sans contrepartie de son rival. Changement de dernière minute, il n’y aura finalement pas d’effort saoudien sans contrepartie iranienne. Au moins les choses sont claires.

Les conséquences pourraient en revanche être désastreuses pour la crédibilité de l’OPEP. Auprès des autres producteurs tout d’abord. Difficile en effet de réunir à nouveau des pays hors OPEP comme la Russie. Vis à vis du reste du monde ensuite, ces rivalités rendent l’organisation moins menaçante, ses décisions moins solides et susceptibles d’être facilement remises en cause par ses membres. Au sein même de l’organisation  enfin, les pays les plus touchés (Venezuela, Nigeria, Qatar, Irak , Indonésie) se sont beaucoup activés en coulisse et doivent avoir le sentiment d’un énorme gâchis. Ils auraient probablement préféré s’éviter un tel échec et ses répercussions.

    3. Les petits pays producteurs au pied du mur ?

Ce sont probablement eux qui vont souffrir le plus de cet échec. Pour ces petits pays, le pétrole représente souvent 50%-75% des ressources budgétaires. L’Angola a déjà demandé l’aide du FMI, l’Azerbaïdjan l’envisage, le Nigeria discute avec la Banque Mondiale et le Venezuela est exsangue. Pour économiser l’électricité du pays, le président Nicolas Maduro a décrété tous les vendredis d’avril et mai fériés pour les fonctionnaires. Une mesure ubuesque qui en dit long alors que les supermarchés sont vides et certains produits alimentaires rationnés.

Autres pays touchés, la Grande-Bretagne et le Brésil, aux coûts d’extraction particulièrement élevéswo-ba065_oilcri_16u_20160419183331

La question maintenant est de savoir quelle sera l’ampleur des difficultés et leurs répercussions politiques.

    4. le pétrole bas, un problème nouveau ?

Cela faisait plusieurs décennies que les économistes ne s’étaient pas inquiétés d’un pétrole trop bas, c’est désormais le refrain habituel de toutes les institutions internationales. La Fed, le FMI, La Banque Mondiale, la BCE, l’OCDE, toutes s’en inquiètent, toutes y voient un baromètre de la croissance mondiale.

La raison est très simple, en moins de 10 ans, les États-Unis sont devenus le premier producteur mondial de pétrole. Désormais la santé des États-Unis et donc du monde passe par la bonne santé du secteur pétrolier americain.

Ce n’est pas un hasard si les États qui s’en tirent le mieux depuis 2008 sont les gros producteurs de gaz et de pétrole de schiste comme le Texas, Le Dakota du Nord, l’Oklahoma, ou le Nouveau Mexique.

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    5. L’Amérique touchée, l’Europe épargnée ?

Conséquence de la chute des cours, le secteur pétrolier américain a perdu des milliers d’emplois en quelques mois.

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Or pendant les années d’euphorie (2008-2013), les producteurs se sont endettés à tour de bras pour financer leur expansion. Beaucoup sont aujourd’hui en faillite et risquent d’entraîner des banques et des fonds d’investissement dans leur chute. D’après le Financial Times, les investisseurs auraient perdu près de 150 milliards de dollars dans leurs placements obligataires depuis 2014; près de 2 000 milliards en moins value d’actions.

Au 1er trimestre 2016, 3 des plus grandes banques américaines ont ajouté 500M$ de provisions pour dépréciation d’actifs sur leur portefeuille pétrolier. Les pertes potentielles s’élèvent à 1,7 Md$ pour Wells Fargo, environ 1 Md$ pour JP Morgan et 525 millions pour Bank of America.

Moins engagées dans l’euphorie du gaz de schiste, les banques européennes  sont peu exposées. En Europe, ce sont surtout les pertes subies par les majors qui devraient déteindre sur l’ensemble des sous-traitants.

Une question demeure, quels fonds, banques ou majors pétrolières sont susceptibles d’aller au tapis dans les prochains mois. Difficile à dire, une chose est sûre, en ces temps difficile ceux qui ont d’importantes réserves à disposition peuvent réaliser de belles affaires. Warren Buffet et quelques autres doivent se frotter les mains….

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