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Les questions derrière l’augmentation du taux d’intérêt américain

Mercredi, la grande majorité des acteurs économiques auront les yeux rivés vers la Réserve Fédérale américaine. Sauf surprise et à moins qu’elle ne souhaite totalement décrédibiliser sa parole, elle devrait augmenter son principal taux d’intérêt pour la première fois depuis la crise des subprimes de 2008.

Pourquoi est-ce important ?

Des théories économiques obsolètes, une incertitude totale….

Si la décision est autant commentée, analysée, disséquée par les observateurs du monde entier, c’est qu’elle soulève de nombreuses questions qui alimentent à leur tour des débats enflammés entre économistes, financiers et politiques.

Car avec la crise des subprimes, les américains ont du inventer une politique monétaire inédite et à très grande échelle. Les modèles économiques traditionnels sont petit à petit devenus obsolètes, incapables d’expliquer certains phénomènes économiques qui sont apparus ces dernières années.

Conséquence, l’impact d’une hausse des taux sur l’économie américaine et sur les marchés financiers demeure très incertain. Les avis divergent entre experts et la marche à suivre aujourd’hui fait débat. Pire l’incertitude est totale au moment où, 7 ans après la crise des subprimes,  beaucoup pressentent l’arrivée de la prochaine crise financière.

La hausse va-t-elle provoquer (ou éviter) un krach boursier ?

C’est la première inquiétude et en même temps la principale raison pour relever les taux d’intérêt aujourd’hui.

Un inquiétude car cela marquerait la fin du boom des actions et le retour en force des obligations. Un changement de paradigme financier qui pourrait faire des victimes parmi les acteurs du monde de la finance qui devront modifier leurs stratégies. Le risque systémique n’est jamais loin et à ce petit jeu, les pays émergents, endettés et en souffrance  avec la chute des matières premières, apparaissent comme le détonateur idéal.

Une obligation également car avec un taux d’intérêt à 0%, l’argent coule à flot depuis des années et alimente forcément de mauvaises décisions d’investissement et donc des bulles financières. Depuis 2 ans les avertissements des financiers se font de plus en plus pressants. Difficile en effet d’anticiper le comportement de certains produits financiers à risque. Premiers concernés, les ETFs synthétiques qui se sont énormément développés depuis 2008.

Pourquoi l’inflation est-elle toujours nulle malgré les milliards déversés dans l’économie ?

C’est LA question que se posent tous les économistes du moment et qui les inquiète au plus haut point. Car en théorie, vu le niveau de croissance de l’économie américaine et les milliards injectés dans l’économie (taux à 0% et rachat d’actifs par la Fed), l’inflation aurait du repartir. Or elle est toujours bloquée à 0%. La baisse des cours du pétrole et la stagnation des salaires expliquent une partie du phénomène mais une partie seulement.

Vieillissement de la population VS excès d’épargne en Allemagne et en Chine

Les grandes figures du monde économique comme Larry Summers ou Ben Bernanke avancent chacun leur théorie mais aucune n’est totalement convaincante.

  1. L’ancien secrétaire d’État au Trésor américain Larry Summers parle de « secular stagnation »: un cycle de faible croissance et donc de faible inflation. Un cycle lié à une demande trop faible elle même provoquée par le vieillissement de la population dans les pays riches.
  2. Pour l’ancien patron de la Fed, Ben Bernanke, la croissance molle serait temporaire et liée au niveau d’épargne mondial. Pour faire simple, dans sa théorie du « saving glut », quand les Allemands et les Chinois arrêtent d’investir ou de consommer pour épargner, la croissance chute tout en augmentant les risques de bulles financières.

Summers et Bernanke s’affrontent par articles de presse et conférences interposés mais ils sont le symptôme du désarroi général des élites économiques. Incapables d’expliquer les conséquences de la politique monétaire mise en place dans l’urgence de 2008 et dont le retour à la normal fait peur.

La hausse des taux d’intérêt est-elle la cause ou la conséquence de l’inflation ?

Dans la théorie traditionnelle, c’est en jouant sur le taux d’intérêt que l’on influe sur la masse monétaire en circulation et donc sur l’inflation. Pour expliquer la faible inflation observée aux États-Unis malgré un taux de 0%, certains ont développé l’idée que le mécanisme fonctionne en réalité dans l’autre sens.

Le taux d’intérêt fonctionnerait comme un signe de confiance. En l’augmentant, la banque centrale prouverait que l’économie est solide, provoquant en cascade l’optimisme des financiers, des entreprises et des particuliers poussés à investir davantage, tirant au final l’inflation vers le haut.  C’est le raisonnement qui pousse certains économistes à militer pour une hausse des taux.

Quel impact aux Etats-unis ?

Si vous êtes aux États-Unis, le coût de vos crédits va forcément augmenter, après tout dépendra de l’ampleur de la hausse et de la rapidité avec laquelle la prochaine sera décidée.  Le cours des actions américaines risque en revanche de souffrir ces prochains mois.

Quel impact ailleurs dans le monde ?

Côté européen, la conséquence immédiate sera probablement une nouvelle baisse de l’euro par rapport au dollar. Renforçant par conséquence les actions des entreprises européennes exportatrices, en particulier les plus actives aux États-Unis. La politique monétaire de la BCE restant inchangée, il n’y aura aucune conséquence pour les prêts immobiliers ou les dettes souveraines de la zone euro.

Dernier point et peut être le plus inquiétant, les bourses et les monnaies des pays émergents risquent quand à elles de plonger. Brésil, Afrique du Sud, Chine et Russie en tête.

Pour aller plus loin:

 

 

 

 

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Chroniques

Pourquoi est-il important de fixer un prix au carbone ?

C’est probablement le sujet le plus important mais aussi le plus complexe que les États devraient traiter et pourtant il ne fait pas partie des objectifs officiels de la COP21.

Faute d’ambitions sur ce sujet, on voit mal comment les engagements qui seront pris à Paris pourraient être contraignants. Que la mobilisation soit pour une fois unanime et financée en partie par le fameux Fonds Vert et les initiatives des milliardaires du monde entier, c’est bien, mais c’est toujours insuffisant.

« Ce que l’on ne paie pas est inévitablement gaspillé ou sur-consommé »

Aujourd’hui 3 mécanismes permettent d’inciter les entreprises et les collectivités à réduire leurs émissions: taxer les revenus, taxer les produits et subventionner les projets écologiques. Ils permettent de sanctionner les pollueurs mais ne les incitent pas à réduire leurs émissions.

L’argument est simple: fixer un prix au carbone et introduire un marché correspondant permettrait de limiter la consommation d’une ressource limitée et vitale pour notre planète.

« When we drive our cars, heat our homes or use fossil fuels in more indirect ways, all of us create these costs without paying for them. It follows that we overuse these fuels. This is not some kind of government planning argument — it is the logic of the market: that which is not paid for is overuse »Larry Summers

Le mécanisme d’un marché carbone

Pour comprendre ce qui bloque, il faut d’abord comprendre comment fonctionne un marché carbone, prenons l’exemple du marché européen du carbone

Pour résumer:

  1. Une instance de régulation donne des quotas d’émissions à des entreprises polluantes
  2. Au bout d’un an, elles doivent racheter des quotas si elles ont trop pollué. A l’inverse, elles peuvent les vendre si elles ont dépassé leurs objectifs de réduction.
  3. Le surcout ou le bénéfice dépend du prix donné à 1Tonne de CO2

Le premier marché carbone a été crée aux États-Unis dans les années 90 pour réduire les émissions de dioxyde de souffre (combustion du charbon) responsables de nombreuses pluies acides. Ce fut un grand succès.

Plusieurs régions du monde on lancé leur propre marché carbone à la suite du protocole de Kyoto: l’Union Européenne, le Québec, l’Australie, la Nouvelle Zélande, la Norvège, la Suisse, la Chine (quelques provinces pilotes), la Corée du Sud, le Japon (Tokyo seulement), le Kazakhstan et les États-Unis (quelques États).

Sur chaque marché le prix de la tonne de CO2 est différent et varie entre 2€ au Kazakhstan, 5$ aux USA, 7€ en Europe, en Corée et en Nouvelle Zélande, 18€ en Australie et une 60aine€ au Japon.

Ces initiatives sont encore récentes et peuvent être largement améliorées. Le premier obstacle est le prix d’1T de CO2, souvent trop faible et peu incitatif.

Un prix mondial est-il possible ?

c’est la question centrale du débat aujourd’hui. Un prix unique permettrait de mettre en place un marché mondial du carbone dans lequel toutes les entreprises seraient contraintes de manière équitable.

L’objectif est ambitieux mais semble impossible à court-terme vu la complexité des questions à résoudre:

  • Comment harmoniser la mesure du bilan carbone ? Quelles règles de calcul ?
  • Qui fixe le prix du carbone  et attribue les quotas ? Selon quelles règles ? Comment exonérer les pays les plus pauvres ? Quels efforts demander aux secteurs les plus polluants mais tout de même nécessaires ?
  • Quelle(s) autorité(s) de régulation mettre en place ?
  • Quelle(s) plateforme(s) d’échange ?
  • Quelles sanctions contre les réfractaires ? Des barrières protectionnistes ?
  • Quel calendrier adopter ?

On comprend bien qu’un tel mécanisme ne verra pas le jour cette année.

On peut en revanche espérer que les pays les plus volontaires montrent l’exemple et décident d’améliorer, d’harmoniser et de relier les différentes initiatives régionales.

 

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