Crise de la dette

LTRO, hausse de taux : la BCE divisée

La conférence de presse mensuelle de la BCE avait beau se dérouler exceptionnellement à Paris, comme souvent, c’est le représentant allemand Jens Weidmann qui a donné le ton. Dans une tribune publiée lundi 30 septembre dans le Financial Times, le président de la Bundesbank a souhaité tirer la sonnette d’alarme. Son message ? Les banques ne doivent pas être libre d’acheter autant d’obligations d’Etat  qu’elles le souhaitent. L’absence de réglementation arrange tout le monde mais le risque est là. Comme l’ont montré les cas grecs, irlandais, portugais ou espagnols, l’investissement n’est pas sans risque. Tant que l’Union Bancaire n’est pas sur pied, le lien entre le bilan des banques et la santé des Etats persiste et impose la plus grande prudence. Par patriotisme, par intérêt ou par simplicité, ce sont bien souvent les banques les plus fragiles qui investissent massivement dans les obligations d’Etat de leur pays. Un risque aujourd’hui sous-évalué par les marchés financiers selon Jens Weidmann. Il demande en conséquence que ces achats massifs soient limités par une nouvelle réglementation.

Une sortie qui illustre l’un des débats qui agite le conseil des gouverneurs de la BCE. Le premier concerne la baisse du taux directeur. Jeudi dernier, Mario Draghi a évoqué un désaccord au sein des gouverneurs sur le sujet :

 « Il y a eu une discussion et comme la dernière fois certains gouverneurs ont estimé que certaines améliorations de l’économie ne justifiaient pas cette discussion. D’autres gouverneurs pensent que cette discussion était justifiée. Au final nous avons décidé de laisser les taux d’intérêt au niveau actuel ».

LTRO : les Allemands souhaitent imposer leurs conditions

Le deuxième désaccord porte sur le lancement d’une nouvelle vague de LTROs (long-term refinancing operations). Lancé en 2011 et 2012, ce mécanisme autorise les banques à emprunter des sommes illimitées à maturité 2 ans auprès de la BCE.  La mesure avait permis d’éviter tout problème de liquidité pour les banques alors que le marché interbancaire était au point mort. Elle cherchait également à relancer les crédits accordés aux entreprises. Avec une zone euro en morceaux, plusieurs pays sous assistance respiratoire et des banques mal en point, obtenir un prêt pour n’importe quelle entreprise tenait alors du miracle.

Le problème c’est que l’argent emprunté par les banques en 2011 et 2012 leur a surtout permis d’assainir leur bilan et d’éviter toute recapitalisation qui, en période de crise, n’aurait pas été avantageuse pour les actionnaires. Bref de faire le dos rond en attendant que l’orage passe. Les prêts accordés aux entreprises ont donc continué  de chuter. En aout 2013, on compte 12 milliards d’euros de crédits en moins après une baisse de 17 milliards en juillet. Sur l’année, les crédits aux entreprises sont en baisse de 2% pour l’ensemble de la zone.

Or sans crédit, pas de reprise. Pour encourager les banques à prêter davantage, Mario Draghi table sur une nouvelle vague de LTROs mais bute sur la réticence des Allemands. Pour Jens Weidmann il faut impérativement s’assurer que cette fois l’argent atteigne bien l’économie réelle. Lorsqu’on lui demande si de nouvelles LTROs sont prévues, Mario Draghi répond de façon énigmatique:

« Nous sommes prêts à utiliser tout instrument, y compris un nouveau LTRO si nécessaire, pour maintenir les taux du marché monétaire à un niveau correspondant à notre évaluation de l’inflation à moyen terme, Nous possédons un vaste ensemble d’instruments pour cela et nous n’excluons aucune option pour faire ce qui est nécessaire de la façon la plus appropriée »

En langage normal, cela signifie que les gouverneurs discutent encore des modalités techniques d’un nouveau round de LTROs. Comme lors du lancement du programme OMT (Outright Monetary Transaction) en septembre 2012, Jens Weidmann a bien compris qu’encore une fois il n’arrivera pas à empêcher une vague de LTRO 2, il pourra en revanche en canaliser les effets. Il demande donc des conditions d’application strictes.

Inciter les banques à prêter aux entreprises

La BCE pourrait jouer sur les  titres qu’elle accepterait en garantie et privilégier les créances d’entreprises plutôt que les obligations d’Etat ou les créances immobilières. Une mesure qui pourrait rassurer Jens Weidmann mais aurait l’inconvénient de limiter considérablement les sommes empruntées et donc l’effet général d’un nouveau LTRO.

Le débat est ouvert, d’autant que dans une semaine la BCE doit publier les résultats des stress tests. Un exercice qui permet traditionnellement d’identifier les forces et les faiblesses des différents établissements bancaires et d’évaluer les risques encourus en cas de crise. Nul doute qu’ils donneront à « Super Mario » et ses collègues un peu de matière pour trancher.

L’autorité bancaire européenne sème le doute

Pour rajouter un peu de confusion autour de ces LTROs, le Financial Times estime que l’autorité bancaire européenne « envisage de mesurer la dépendance des banques à l’égard de l’opération de refinancement à long-terme (LTRO) de la BCE ». Selon le FT qui cite des sources proches du dossier, l’EBA veut comparer le taux de financement obtenu auprès de la BCE au taux que la banque aurait du payer sur le marché interbancaire. Une mauvaise publicité pour certains établissements que l’EBA juge drogués aux liquidités de la BCE. L’autorité bancaire européenne aura la charge des stress tests à partir de l’année prochaine. Elle estime que laisser les banques emprunter des sommes trop importantes peut s’avérer dangereux. Certaines se retrouveraient en difficultés pour rembourser et d’autres serait forcées de suspendre  leurs crédits aux entreprises.

Bref, que ce soit au sein du conseil des gouverneurs de la BCE ou des instances réglementaires, aucun consensus ne semble s’être dégagé pour le moment.  Dans toute l’Europe, ces prêts massifs aux banques pourraient changer la vie de nombreuses entreprises et particuliers qui attendent le feu vert de leur banquier.

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