Crise de la dette

Les banques espagnoles vont devoir licencier massivement pour être aidées

 Sauvera, sauvera pas? On  connaît désormais certaines des conditions nécessaires pour bénéficier d’un plan d’aide de l’Union Européenne. En première ligne l’Espagne. En proie à de sérieuses difficultés pour emprunter de l’argent frais à des taux acceptables sur les marchés financiers, le pays négociait depuis le printemps les conditions d’une aide de l’Union Européenne. Âprement débattue entre les pays membres, cette aide devait finalement prendre la forme d’une intervention de la BCE par le rachat d’obligations d’État. Objectif: faire baisser les taux d’emprunt du pays en difficulté. Pour ne pas transformer cette opération en financement direct des États, interdit par les traités européens, l’Allemagne et les pays du Nord de l’Europe avaient imposé des conditions d’intervention. Le montant final de l’aide et le détail des conditions étaient restés secrets. Ils ont été révélés par El Pais dimanche dernier.

Selon des sources européennes citées par le quotidien espagnol, la somme de 43,6 milliards d’euros annoncée suite à l’audit du Cabinet Oliver Wyman pour sauver les banques nationalisées serait finalement abaissée à 35 milliards d’euros et devrait être versée à l’État espagnol le 15 décembre prochain. Selon les calculs du gouvernement et de la Commission, les sommes retirées de la vente des actifs toxiques des banques au FROB (le fond de restructuration de l’État) et de la cession de près d’un millier de succursales  sont venus diminuer les premières estimations.

El Pais a révélé que la condition numéro 1 pour bénéficier des aides serait des licenciements massifs dans le secteur bancaire. Épicentre de la crise, les banques espagnoles ont pour l’instant échappé aux coupes drastiques qui sont pourtant à l’œuvre partout en Europe. Bankia devrait licencier 6 000 employés sur 20 000 pour recevoir les 23,5 milliards d’euros d’aide. NovaGalicia Bank devrait se séparer de 2 000 employés sur 5 800. Caixa Catalunya et Banco de Valencia qui ont elles été nationalisées et attendent d’être revendues aux enchères, devront connaître l’identité de leur repreneur ainsi que l’offre associée pour connaître les conditions du versement des aides. La première a déjà licencié 1 300 employés sur 7 200 et la seconde 370 employés sur 1 610.

En plus des licenciements nécessaires pour bénéficier des aides européennes, El Pais révèle que la Commission Européenne entend limiter l’activité des banques sauvées qui seront cantonnées à leurs régions d’origine. Bankia n’exercerait plus que dans les régions d’où sont originaires les 7 caisses d’épargne qui forment le groupe soit Madrid, Valence, les Canaries, Ávila, Rioja, Segovie et Barcelone. NovaGalicia Bank, Caixa Catalunya et Banco de Valencia seraient également cantonnées à leur région d’origine.

En étudiant de plus près l’évolution des effectifs dans le secteur bancaire espagnol (graphique ci-dessous via zerohedge.com), on comprend bien que la cure d’amaigrissement d’un secteur pourtant à l’origine de la crise n’a pas encore eu lieu. Il semblerait que cela n’ait pas échappé aux analystes de la Troïka et de la BCE.

La difficulté pour Madrid sera bien évidemment de respecter les objectifs de déficit demandés par la Troïka pour 2013 et 2014. Les effets budgétaires et le manque à gagner fiscal de ces licenciements risquent d’être explosifs alors que le chômage atteint déjà 25% de la population active.

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Les causes de l’endettement américain

 Quels sont les facteurs qui permettent d’expliquer la dette américaine ? Les guerres en Irak et en Afghanistan ? Les réductions d’impôt accordées par Georges Bush aux classes aisées en 2000 et toujours actives ? Les mesures de relance décidées par Obama en 2008-2009 ? Le sauvetage des banques (programme TARP) et des institutions de crédit hypothécaire (Fannie et Freddie) ? La crise économique (moindres recettes fiscales et dépenses sociales) ?

Cette étude menée par le Center on Budget and Policy Priorities montre l’impact des deux guerres ainsi que des coupes budgétaires de l’ère Bush.

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Crise de la dette

La mauvaise santé des banques allemandes pousse Angela Merkel à retarder l’Union bancaire

Banque Centrale Européenne

Le 18 octobre dernier, lors du sommet de Bruxelles, les dirigeants européens ont discuté du calendrier de mise en place de l’Union Bancaire. Cette supervision commune des banques doit permettre de protéger les institutions bancaires grâce à deux mesures principales : la garantie des dépôts pour éviter les retraits massifs et les fuites de capitaux en cas de faillite d’une banque ainsi que la création d’un fonds, constitué par les banques elles-mêmes, pour voler au secours de celles dans le besoin. Lors du sommet, les dirigeants européens devaient s’accorder sur le calendrier (janvier 2013 pour François Hollande et début 2014 pour Angela Merkel), sur le type de supervision (gérée exclusivement par la BCE ou en partie déléguée aux superviseurs nationaux), et sur les banques concernées (l’intégralité des 6000 de la zone ou uniquement les plus importantes, i.e. « too big too fail »).

L’Allemagne impose son rythme. Angela Merkel aura finalement réussi à imposer son calendrier et à conserver les superviseurs nationaux comme organisme de supervision conjoints à la BCE. En revanche, elle n’aura pas réussi à soustraire les banques les plus petites et en particulier les banques publiques régionales allemandes (Landesbanken), du champ de surveillance. Pour quelles raisons adopter une telle attitude ? Pourquoi Angela Merkel s’est-elle échinée à retarder le calendrier et diminuer l’étendue d’une Union Bancaire dont la réussite semble cruciale pour sortir de la crise ?

Vu de France, on pourrait encore blâmer la prudence allemande qui refuse de s’engager pour sauver des partenaires européens négligents. Les médias français dénoncent la détérioration des relations franco-allemandes depuis l’élection de François Hollande. Ils n’ont pas tort. Les déclarations d’intention par presse interposée, auxquelles nous avons assisté à quelques jours du sommet, n’ont jamais été un signe de sérénité et de respect. Elles semblent de bien mauvais augure alors que l’Union doit travailler sereinement sur de nombreux dossiers. La réalité est bien plus simple : les banques allemandes ne vont pas bien.

La santé économique des banques allemandes en question. Le jour du sommet c’est une note de Moody’s qui sonne la charge en annonçant une perspective négative sur le secteur bancaire en Allemagne.  Pour l’agence, le secteur connaît des taux de marge trop faibles sur les activités de prêt. Le secteur bancaire apparaît pénalisé par la concurrence « déloyale » des banques régionales qui tirent les marges du secteur à la baisse. Parmi les 4 grands types d’établissements bancaires que compte le pays, les Landesbanken, détenues par les régions et les caisses d’épargne locales, ne sont pas tenues de poursuivre les mêmes objectifs de profits que leurs concurrentes privées.  Elles servent les intérêts d’une région, d’un Land. Leurs actionnaires, en majorité des élus locaux, préfèrent les utiliser pour financer des projets d’infrastructure ou des politiques sociales à fort impact politique et électoral. Elles proposent des prêts à des taux plus faibles et sont donc moins profitables. Cela oblige les banques privées à s’aligner sur leur politique de taux exerçant ainsi une pression à la baisse sur les marges de l’ensemble du secteur.

Les banques régionales allemandes dans l’arène de la finance mondiale. Limitées par leur faibles taux de marge sur le marché intérieur, les banques allemandes ont cherché, plus qu’ailleurs en Europe, à augmenter leurs revenus. Elles se sont exposées davantage aux produits structurés, dont les subprimes, en vogue à Wall Street et à Londres au début des années 2000. Elles ont également cherché à investir dans les pays les plus dynamiques de la zone euro comme l’Espagne, l’Irlande ou le Portugal.  Parmi ces banques, les Landesbanken ont été les plus enthousiastes. Et pour cause, depuis 2005 la Commission Européenne à imposé au gouvernement allemand la fin des avantages dont elles bénéficiaient : taux de refinancement proche de zéro auprès de la Bundesbank et garanties quasi illimitées auprès de l’Etat Fédéral.  L’ajustement devait être progressif et la Commission Européenne leur a donné 10 ans pour se réorganiser et affronter les lois du marché. Forts de cette couverture transitoire, les petites banques régionales ont ainsi été incitées à prendre encore plus de risques que leurs concurrentes allemandes. Elles ont multiplié les investissements à l’étranger et l’achat de produits financiers rémunérateurs mais risqués. Malheureusement,  les dirigeants et les actionnaires de ces petites banques locales ne possédaient bien souvent pas les compétences pour évaluer les risques des produits financiers qu’ils achetaient.

Intervention massive de l’État allemand pour sauver ses banques. A force de spéculer, les banques allemandes sont les premières victimes de la crise. En juillet 2007, la première banque européenne à être en difficulté et à être sauvée fut la banque allemande IKD. En Septembre 2008, la Deutsche Postbank est en faillite et rachetée par la Deutsche Bank pour 9,3 milliards d’euros. La Dresdner Bank est vendue par Allianz à Commerzbank pour 9,8 milliards d’euros. Le mois suivant c’est Hypo Real Estate qui bénéficie d’un plan de sauvetage de 35 milliards d’euros augmenté de 15 milliards en octobre 2008. Comme partout en Europe, le secteur bancaire allemand est sauvé du désastre par l’état. Mais en Allemagne, le plan de sauvetage est le plus important d’Europe : 400 milliards d’euros en garanties et 80 milliards d’euros d’aide à la recapitalisation des banques soit 12% du PIB allemand. C’est plus que les 320 milliards de garanties et 64 milliards d’aide à la recapitalisation déboursés au Royaume-Uni. Et c’est beaucoup plus qu’en Espagne dont les 50 à 100 milliards discutées aujourd’hui ne représentent que 5% du PIB espagnol.

Au total, les banques allemandes ont été les plus touchées par la crise des subprimes. Leurs pertes représentent une dépréciation de 10% de leurs actifs (vs 3% en France). De plus elles représentent 40% des pertes totales des banques de la zone euro. Grâce au plan de sauvetage décidé par l’État, les banques allemandes ont pu nettoyer leurs comptes en transférant leurs actifs toxiques dans un fonds garanti par l’État. Par un système complexe de garanties et de jeux d’écritures comptables, les banques et en particulier les Landesbanken ont pu éliminer ces actifs de leur bilan.

Un secteur en pleine mutation. Affaiblies par la crise de 2008,  les banques ont du être restructurées, certaines ont fusionné, ou ont été recapitalisées, mais les efforts ont été insuffisants. De plus, la fédération des banques allemandes a négocié un délai d’un an pour recapitaliser ses banques et se mettre en ligne avec les ratios de capitaux propres exigés par la nouvelle réglementation de Bâle III. Elles ne pourront pas y échapper bien longtemps et certaines devront encore être recapitalisées massivement d’ici 2014. Ces recapitalisations seront d’autant plus nécessaires au fur et à mesure que les pertes subies sur les investissements en Europe continueront d’augmenter. Il faudra probablement restructurer, fusionner et recapitaliser encore. D’ailleurs dans un rapport du FMI datant de Juillet 2010 sur la santé du système bancaire allemand, l’auteur du rapport, l’économiste Felix Hüfner recommande une réorganisation du secteur avec recapitalisation des banques jugées trop faibles, privatisations partielles des Landesbanken afin de repenser leur modèle économique et leur mode de gouvernance et renforcement de la supervision bancaire.

Des cadavres dans le placard. Dans le cadre de l’Union Bancaire, si de nouvelles banques se déclaraient en difficulté en Europe, c’est Bruxelles qui pourrait prendre la main. Les banques assistées devront ouvrir leurs comptes et révéler l’ensemble de leurs pertes. Une mesure qui risque de peser sur la réputation des banques allemandes jusque là sauvées par une économie nationale robuste.  La conséquence serait de faire grimper automatiquement les taux d’emprunt sur le marché interbancaire pour l’ensemble des établissements allemands. Pour Berlin, « ces accusations sont vides, les banques ont été nettoyées ». La transparence exigée par l’intervention de l’Union Bancaire inquièterait également certains élus allemands qui ne verraient pas d’un très bon œil que l’on vienne fouiner dans les comptes des banques de leur région. « L’argument caché de l’Allemagne, c’est la résistance politique au projet, à cause de la forte connexion entre ses banques régionales et les collectivités locales », souligne un responsable monétaire contacté par Le Monde.

Quelque soient les besoins en capital ou l’état des comptes des banques allemandes, personne ne s’est encore réellement attaqué au cœur du problème : la faible rentabilité du système bancaire et le devenir des Landesbanken. On comprend que Berlin préfère réorganiser son système bancaire dans un climat apaisé plutôt que de mettre ses institutions en péril en adoptant  rapidement une supervision européenne pointilleuse. Ecartelée entre des partenaires européens bien décidés à couper le lien entre crise des états et crise des banques et une Fédération bancaire effrayée de voir la Commission plonger son nez dans ses comptes, Angela Merkel est parvenue là à imposer ses vues tout en restant discrète sur la santé de ses banques, un joli numéro d’équilibriste.

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