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Pétrole : 5 questions après l’échec de Doha

Avec l’échec dimanche dernier de la conférence de Doha, il faudra probablement attendre beaucoup plus longtemps que prévu pour voir les prix du pétrole repartir à la hausse. Alors que la Chine et le Brésil consomment beaucoup moins, que l’Europe est toujours au ralenti,  les pays producteurs eux sont finalement toujours incapables de s’entendre pour limiter voire diminuer leur production. 

Petit tour d’horizon des grandes questions soulevées par l’échec de Doha.

  1. Nouvelle dégringolade en vue ?

Depuis un an, chaque pays tente de compenser la baisse des cours en pompant toujours plus. D’après l’Agence Internationale de l’Énergie (IEA) les stocks de pétrole atteignent 1,5 millions de barils/jour et ce depuis plusieurs trimestres (cf. barres vertes dans le graphe ci-dessous).

Avec un pétrole autour des 40$/baril, de nombreux producteurs américains font faillite chaque jour. Près de 80% des puits seraient déjà à l’arrêt. A ce rythme là, l’IEA s’attend à voir les excédents diminuer fortement fin 2016, autour de 0,2 millions de barils/jour.

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Conséquence le déséquilibre entre l’offre et la demande ne devrait pas se résorber avant la fin de l’année. La baisse devrait donc continuer à court terme.

Vus les niveaux de stocks emmagasinés depuis des mois, seul un choc psychologique de grande ampleur pourrait pousser les traders et les banques à anticiper une remontée des prix et donc à la provoquer. C’est ce type d’annonce qui devait émerger de Doha.

     2. L’OPEP paralysée par la rivalité Arabie Saoudite – Iran ?

C’est le grand enseignement de Doha, l’Arabie Saoudite semble prête à se tirer une balle dans le pied pour ne pas voir son rival iranien s’enrichir.

Après 10 ans de sanctions économiques, l’Iran était réfractaire à toute réduction de sa production de pétrole et n’avait même pas envoyé de délégués à Doha. Dans les semaines qui ont précédé la réunion, L’Arabie Saoudite avait quant à elle semblé plus conciliante, acceptant peut être des efforts sans contrepartie de son rival. Changement de dernière minute, il n’y aura finalement pas d’effort saoudien sans contrepartie iranienne. Au moins les choses sont claires.

Les conséquences pourraient en revanche être désastreuses pour la crédibilité de l’OPEP. Auprès des autres producteurs tout d’abord. Difficile en effet de réunir à nouveau des pays hors OPEP comme la Russie. Vis à vis du reste du monde ensuite, ces rivalités rendent l’organisation moins menaçante, ses décisions moins solides et susceptibles d’être facilement remises en cause par ses membres. Au sein même de l’organisation  enfin, les pays les plus touchés (Venezuela, Nigeria, Qatar, Irak , Indonésie) se sont beaucoup activés en coulisse et doivent avoir le sentiment d’un énorme gâchis. Ils auraient probablement préféré s’éviter un tel échec et ses répercussions.

    3. Les petits pays producteurs au pied du mur ?

Ce sont probablement eux qui vont souffrir le plus de cet échec. Pour ces petits pays, le pétrole représente souvent 50%-75% des ressources budgétaires. L’Angola a déjà demandé l’aide du FMI, l’Azerbaïdjan l’envisage, le Nigeria discute avec la Banque Mondiale et le Venezuela est exsangue. Pour économiser l’électricité du pays, le président Nicolas Maduro a décrété tous les vendredis d’avril et mai fériés pour les fonctionnaires. Une mesure ubuesque qui en dit long alors que les supermarchés sont vides et certains produits alimentaires rationnés.

Autres pays touchés, la Grande-Bretagne et le Brésil, aux coûts d’extraction particulièrement élevéswo-ba065_oilcri_16u_20160419183331

La question maintenant est de savoir quelle sera l’ampleur des difficultés et leurs répercussions politiques.

    4. le pétrole bas, un problème nouveau ?

Cela faisait plusieurs décennies que les économistes ne s’étaient pas inquiétés d’un pétrole trop bas, c’est désormais le refrain habituel de toutes les institutions internationales. La Fed, le FMI, La Banque Mondiale, la BCE, l’OCDE, toutes s’en inquiètent, toutes y voient un baromètre de la croissance mondiale.

La raison est très simple, en moins de 10 ans, les États-Unis sont devenus le premier producteur mondial de pétrole. Désormais la santé des États-Unis et donc du monde passe par la bonne santé du secteur pétrolier americain.

Ce n’est pas un hasard si les États qui s’en tirent le mieux depuis 2008 sont les gros producteurs de gaz et de pétrole de schiste comme le Texas, Le Dakota du Nord, l’Oklahoma, ou le Nouveau Mexique.

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    5. L’Amérique touchée, l’Europe épargnée ?

Conséquence de la chute des cours, le secteur pétrolier américain a perdu des milliers d’emplois en quelques mois.

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Or pendant les années d’euphorie (2008-2013), les producteurs se sont endettés à tour de bras pour financer leur expansion. Beaucoup sont aujourd’hui en faillite et risquent d’entraîner des banques et des fonds d’investissement dans leur chute. D’après le Financial Times, les investisseurs auraient perdu près de 150 milliards de dollars dans leurs placements obligataires depuis 2014; près de 2 000 milliards en moins value d’actions.

Au 1er trimestre 2016, 3 des plus grandes banques américaines ont ajouté 500M$ de provisions pour dépréciation d’actifs sur leur portefeuille pétrolier. Les pertes potentielles s’élèvent à 1,7 Md$ pour Wells Fargo, environ 1 Md$ pour JP Morgan et 525 millions pour Bank of America.

Moins engagées dans l’euphorie du gaz de schiste, les banques européennes  sont peu exposées. En Europe, ce sont surtout les pertes subies par les majors qui devraient déteindre sur l’ensemble des sous-traitants.

Une question demeure, quels fonds, banques ou majors pétrolières sont susceptibles d’aller au tapis dans les prochains mois. Difficile à dire, une chose est sûre, en ces temps difficile ceux qui ont d’importantes réserves à disposition peuvent réaliser de belles affaires. Warren Buffet et quelques autres doivent se frotter les mains….

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La sidérurgie britannique en pleine crise

Après l’épisode Florange, voici la saga Tata. Le secteur concerné reste la sidérurgie, seul le pays change. Apres des années de crise, les aciéries britanniques sont au bord de la rupture. Les facteurs sont multiples et il a suffit d’un nouveau coup du sort pour mettre en danger toute une filière industrielle: le ralentissement chinois a obligé ses producteurs à trouver des moyens pour écouler leurs immenses stocks., parfois à perte.

Tata Steel jette l’éponge. Le premier sidérurgiste du pays avec 17 000 emplois sur 20 000, veut quitter le Royaume et vite. Explications sur le plateau de France 24.

 

 

 

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Réalité virtuelle : la course est lancée

2016 sera-t-elle l’année du décollage pour la réalité virtuelle ? Plusieurs casques 3D arriveront cette année sur le marché. Le géants du web ne sont pas en reste et commencent à dévoiler leurs projets pour ce qui pourrait bien devenir la prochaine grande révolution numérique depuis l’avènement des smartphones.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je vous conseille de jeter un œil à cette vidéo de Microsoft, vous pourrez rapidement vous faire une petite idée des innovations qui nous attendent.

A l’origine la réalité virtuelle est une technologie destinée aux jeux vidéos. Cela fait des années que les gamers du monde entier attendent avec impatience la commercialisation d’un appareil capable de réaliser leurs rêves: s’immerger entièrement dans un univers imaginaire. Cette années, tous leurs désirs semblent en passent de se réaliser. Oui mais voilà, l’expérience de réalité virtuelle ne s’arrête pas là. Ses applications devraient envahir toutes les sphères de notre société: le shopping en ligne, les relations clients, le design industriel, la médecine ou encore le cinéma.

D’ici quelques années, il y a fort à parier que plus aucun secteur n’y échappera. Alors forcément, tous les grands noms de la Silicon Valley s’y mettent et commencent à dévoiler leurs intentions.

Facebook veut démocratiser la réalité virtuelle
Cette semaine, Mark Zuckerberg a déclaré à Barcelone que l’avenir des réseaux sociaux passait par la réalité virtuelle. L’entreprise est en position de force. En 2014, elle rachetait la société Occulus pour 2 milliards de dollars et mettait ainsi la main sur la technologie la plus avancée l’Occulus Rift. Ce casque qui permet de s’immerger entièrement dans un univers en 3D.

Pour rendre la technologie accessible au grand public, Facebook a annoncé un partenariat avec Samsung. Objectif utiliser la camera du coréen qui filme à 360 degrés pour permettre aux utilisateurs de créer et partager des videos 3D sur le réseau social. Avec ce partenariat, Facebook propose aussi une version plus light de son casque 3D: c’est votre téléphone qui se transforme en casque virtuel.

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Autre défi, raccourcir les vitesses de transmission. Facebook a dévoilé un protocole adapté à ces nouvelles vidéos 3D hyper volumineuses.

 

HTC rentre dans la danse

Concurrent le plus sérieux de l’Occulus, HTC a dévoilé la dernière version de son casque à Barcelone. Il sera commercialisé en avril pour environ 800 dollars. Sa grande originalité réside dans sa capacité à intégrer les détails du monde réel, meubles, personnes, obstacles… dans l’expérience virtuelle. Pour le moment les utilisations sont surtout ludiques mais seront probablement élargies au fil du temps. Reste à savoir comment le taïwanais souhaite intégrer sa technologie à ses smartphones. Une chose est sûre, HTC semble avoir pris une petite longueur d’avance sur les autres fabricants de mobiles.

Apple tente de combler son retard

De son côté Apple, commence seulement à s’intéresserait sérieusement au sujet. Lors d’une conférence téléphonique avec des analystes financiers, Tim Cook n’a pas nié son intérêt, expliquant que la technologie était « cool » et n’était pas une niche. Par ailleurs, un casque 3D développé par le fabricant de jouets Mattel est déjà compatible avec l’iphone. La version est encore simple et s’adresse plutôt aux enfants mais l’entreprise a déjà déposé de nombreux brevets pour des objets du même type. screen20shot202016-02-0520at202-15-3920pm

Dernières pistes qui confirment l’intérêt d’Apple, l’entreprise aurait recruté quelques pointures de la modélisation 3D  comme Doug Bowman, chercheur à Virginia Tech en interfaces 3D  ou Nick Thompson, le créateur de la Hololens chez Microsoft. Enfin plusieurs start-up spécialisées dans la réalité virtuelle ont été rachetées ces dernières années:

  • Metaio, une start-up allemande spécialisée dans la visualisation de meubles en 3D
  • Faceshift qui transforme votre visage en personnage d’animation
  • FlyBy Media qui reproduit le monde réel en 3D
  • Primesense qui développe des capteurs et des caméras à 360 degrés

 

Oubliez la réalité virtuelle, Google et Microsoft parient sur la réalité augmentée

Comme vous avez pu le voir dans la 1ère vidéo, Microsoft ne propose pas une immersion totale à ses utilisateurs. Ses lunettes permettent simplement de projeter des informations supplémentaires. Plusieurs avantages: La déssocialisation est moins frappante, surtout la technologie est moins gourmande et ne demande pas d’investir dans un ordinateur surpuissant.

Voici l’idée :

 

 

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Marchés Financiers

Faut-il croire à un krach boursier en 2016 ?

Depuis le début de l’année les bourses occidentales ont perdu environ 7%, un début d’année plutôt mauvais voire catastrophique qui a plongé le monde de la finance dans une perplexité totale. D’autant que 2008, c’était il y a 8 ans, a peu près la durée d’un cycle économique. Entre ceux qui annoncent une crise financière majeure en 2016 et ceux qui au contraire font le dos rond et prédisent un rebond, qui croire ?

Quels résultats pour les entreprises américaines ?

La finance a beau être folle et agir de façon totalement irrationnelle au jour le jour, elle finit toujours par se raccrocher aux résultats des entreprises. On a tendance à sous-estimer le rôle des dividendes dans la rentabilité d’une action, mais il reste fondamental. Tous les investisseurs décortiquent donc avec soin les résultats trimestriels et annuels.

Outre un secteur énergétique en pleine déconfiture, c’est le dollar fort qui freine les exportations. Pas d’euphorie donc, mais avec un taux de chômage à 5% aux États-Unis, la probabilité de chiffres catastrophiques semble exagérée. Pas de croissance à deux chiffres mais pas de quoi s’alarmer non plus. Les bénéfices seront probablement en baisse au 4ème trimestre, les analystes de JP Morgan prédisent -6,7% pour le S&P 500,  mais sur l’année la tendance devrait être bien meilleure. Lors de la présentation de ses résultats hier, le PDG de JP Morgan a annoncé lui des profits et un CA records, estimant dans ces conditions qu’il serait forcément difficile de faire mieux. Pour Jamie Dimon, en revanche il n’y aura pas récession cette année.

(Citigroup et Wells Fargo viennent également de publier de très bons résultats au moment ou j’écris)

Les bourses peuvent-elles craquer sous les risques chinois et émergents ?

Si certaines entreprises affichent des performances solides, d’autres s’en tirent beaucoup moins bien. En particulier dans le secteur de l’énergie. Forcément avec un baril de pétrole à 30$, tout le secteur dégringole. Le ralentissement chinois a fait chuter toutes les matières premières de 20% à 40%. Pour le moment seul les secteurs énergétiques et miniers sont touchés mais la crainte serait que le ralentissement ne touche tous les secteurs: l’automobile ou la Chine est devenu le 1er marché mondial, les biens de consommation, les téléphones…. Ajoutez à cela une confiance toute relative dans les statistiques chinoises et un effet d’entrainement sur tous les pays producteurs de matières premières (Australie, canada, Brésil, Russie, Afrique du Sud….) et vous avez le cocktail idéal pour alimenter  les peurs d’un ralentissement mondial qui finirait par toucher les entreprises américaines. Les investisseurs auraient  retiré 12,4 Md$ des fonds de placement la semaine dernière.

En clair, une fois que la peur prend le dessus, même de bons chiffres peuvent être interprétés négativement. Intel par exemple a publié des chiffres très honorables pour une entreprise en pleine transition (marché des PC en forte baisse), avec un meilleur dividende que prévu. Résultat, l’action chutait de 5% à la clôture. Pourtant lors de la conférence post earnings avec des analystes, le PDG aurait dit s’attendre à un léger ralentissement en Asie mais à une croissance de 5% à 10% en 2016. Que demande le peuple ?

Il est encore trop tôt pour se faire une idée quant à l’ampleur du ralentissement chinois et des résultats d’entreprise mais la peur semble belle et bien démesurée. Un avis partagé par Howard Mark, l’analyste d’Oaktree Capital souvent décrit comme l’analyste préféré de Warren Buffet et qui revient longuement sur l’irrationalité des marchés financiers dans sa dernière note (un concentré d’intelligence et de bon sens) :

“I don’t mean to suggest there aren’t a lot of things to worry about (…) It’s just that everybody’s interpreting everything negatively these days.”

 

 

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Pour Howard Mark, les marchés réagissent majoritairement de manière émotionnelle alors que les chiffres suggèrent des liens plutôt limités entre les économies occidentales et l’économie chinoise. Quant au prix du pétrole, il estime qu’à moins d’être une entreprise pétrolière, la baisse est une bonne nouvelle pour les consommateurs et donc la plupart des entreprises.

« The bottom line is that investor psychology rarely gives equal weight to both favorable and unfavorable developments.  Likewise, investors’ interpretation of events is usually biased by their emotional reaction to whatever is going on at the moment.  Most developments have both helpful and harmful aspects.  But investors generally obsess about one or the other rather than consider both »

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Fear is back, un bon signe ?

Ces derniers jours, tous les optimistes de la place se raccrochent à l’adage « Bull markets climb a wall of worry … and flame out in euphoria ». En clair, un marché méfiant est relativement sain et continue à monter. Quand l’euphorie est généralisée, que la croissance économique pousse les particuliers à rentrer dans le jeu, à s’endetter (2008) ou à boursicoter (1929), le pire est à venir. On en est encore loin. La question serait finalement de savoir quand le plein emploi aux États-Unis va-t-il entraîner les salaires à la hausse et déclencher  l’euphorie des millions d’américains frustrés par 7 ans de vaches maigres.

A ce moment là, il sera peut-être temps de s’inquiéter.

Pour le moment, la baisse conséquente des marchés financiers en ce début d’année, n’est pas forcément le signe d’un krach généralisé, ni d’une crise économique majeure aux États-Unis mais un bon exemple de la façon dont réagissent les marchés financiers : Le chômage  est au plus bas, les revenus des entreprises au plus haut, l’exposition à la dette chinoise contenue, le pétrole bon marché et pourtant les marchés paniquent. BIENVENU EN BOURSE !

 

 

 

 

 

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Comment penser 2016 ?

Au petit jeu des prédictions économiques pour la nouvelle année, le monde se divise encore et toujours, en deux catégories : les optimistes et les pessimistes. Au delà des prédictions diverses et variées, c’est l’attitude de ceux qui les énoncent qui attire l’attention.

Attali: Cassandre joue à la roulette russe

Dans le camps de ceux qui broient du noir et nous prédisent une année 2016 ponctuée de catastrophes planétaires, la palme revient probablement à Jacques Attali. Malgré le titre de son article L’année des bonnes surprises, il dresse la liste des calamités les plus vraisemblables pour 2016. Tout y passe:

  • « Nouveaux attentats terroristes d’une ampleur défiant l’imagination »
  • Aggravation des conflits en Syrie, Irak, Libye, Yémen ou Ukraine
  • Émergence de nouveaux  en mer de Chine, en Inde et en Afrique
  • Effondrements de nouveaux États
  • « Crise financière majeure » liée  aux crédits d’entreprise
  • Brexit
  • Catastrophes naturelles
  • « Épidémie majeure, partant d’une souche nouvelle d’un virus mutant »
  • Aggravation du chômage en France.

La bonne surprise, conclut Attali, serait finalement qu’aucune n’advienne.

La liste fait froid dans le dos. La vérité c’est que la plupart de ces événements sont extrêmement probables. Leur ampleur en revanche est très difficile à prévoir. Des attentats, il y en aura probablement d’autres mais de là à affirmer qu’ils seront d’une ampleur défiant l’imagination c’est exagéré et verser dans le sensationnalisme.

10 bouleversements choc pour penser l’imprévisible (Saxo Bank)

La banque d’investissement danoise adopte elle une attitude totalement différente en proposant une liste d’événements improbables, rarissimes mais néanmoins possibles, dont l’impact serait considérable. Les « Black Swan events », décrits par  l’ancien trader et philosophe Nassim Nicholas Taleb dans son livre « Black Swan » (2007). Si elles se réalisent rarement, ces « outrageous prédictions », ont cependant le mérite de poser les bonnes questions :

  1. La remontée inattendue de l’euro face au dollar
  2. Rebond de 20% du rouble russe
  3. Retour à la réalité dans la Silicon Valley
  4. Les JO boostent le Brésil
  5. Les démocrates conservent le pouvoir aux États-Unis
  6. Les tensions au sein de l’OPEP portent le baril de pétrole à 100$
  7. L’argent métal augmente de 33%
  8. Les multinationales incapables d’emprunter
  9. El Nino fait flamber les prix alimentaires
  10. Le marché du luxe s’écroule

2016 dans la continuité de 2015, à moins que …..

Moins sensationnel, le CEPII voit 2016 dans la continuité de 2015, l’incertitude en plus (voir la tribune introductive « le temps des doutes »). Les grandes dynamiques demeurent: croissance molle en Europe, ralentissement en Chine et pays émergents plombés par la baisse des matières premières.

En réalité, le think tank ne se prête pas vraiment au jeu des prévisions, il se contente de souligner les lames de fonds qui devraient animer 2016. Une inquiétude revient cependant sans cesse, un sentiment vague et diffus, celui d’un monde fragile où les mesures prises en urgence au lendemain de la crise de 2008 produiront bientôt leurs effets pervers. Il y a trop d’anomalies économiques pour ne pas être inquiet.

« Pas moins de huit années se sont écoulées depuis l’enclenchement de la crise des subprime aux États-Unis à l’été 2007. Il a fallu plusieurs milliers de milliards pour rétablir le fonctionnement du secteur bancaire et financier (…) cela a installé le sentiment que quelque chose a changé et que les cadres habituels ne seront plus guère d’utilité. Ce qui reste très étonnant dans la configuration actuelle des économies avancées c’est qu’il y a, certes, moins de freins, mais toujours aussi peu de ressort. Force est de constater qu’il ne suffit pas que les taux de marché soient au plancher pour que l’investissement des entreprises reparte. Il manque un ingrédient majeur : la confiance ! »

En vrac, mes prévisions pour 2016

Au delà des tendances de fond: ralentissement chinois, pétrole au plu bas, dollar fort et volatilité financière exacerbée, voici mes prévisions pour 2016:

  • Parité euro-dollar au printemps
  • Wall Street perd 20% sur les premiers mois de l’année mais termine à l’équilibre
  • L’Afrique du Sud sollicite l’aide du FMI
  • Manifestations violentes au Venezuela
  • La Grèce lance le processus de restructuration de sa dette à l’automne à Paris
  • Segolène Royal postule à la présidence de l’ONU mais échoue
  • Yahoo ! est démantelé
  • Free lance la première box adaptée à la télévision connectée, en partenariat avec Netflix et Facebook

 Et vous, quelles sont vos prévisions pour 2016 ?

Pour aller plus loin:

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Les questions derrière l’augmentation du taux d’intérêt américain

Mercredi, la grande majorité des acteurs économiques auront les yeux rivés vers la Réserve Fédérale américaine. Sauf surprise et à moins qu’elle ne souhaite totalement décrédibiliser sa parole, elle devrait augmenter son principal taux d’intérêt pour la première fois depuis la crise des subprimes de 2008.

Pourquoi est-ce important ?

Des théories économiques obsolètes, une incertitude totale….

Si la décision est autant commentée, analysée, disséquée par les observateurs du monde entier, c’est qu’elle soulève de nombreuses questions qui alimentent à leur tour des débats enflammés entre économistes, financiers et politiques.

Car avec la crise des subprimes, les américains ont du inventer une politique monétaire inédite et à très grande échelle. Les modèles économiques traditionnels sont petit à petit devenus obsolètes, incapables d’expliquer certains phénomènes économiques qui sont apparus ces dernières années.

Conséquence, l’impact d’une hausse des taux sur l’économie américaine et sur les marchés financiers demeure très incertain. Les avis divergent entre experts et la marche à suivre aujourd’hui fait débat. Pire l’incertitude est totale au moment où, 7 ans après la crise des subprimes,  beaucoup pressentent l’arrivée de la prochaine crise financière.

La hausse va-t-elle provoquer (ou éviter) un krach boursier ?

C’est la première inquiétude et en même temps la principale raison pour relever les taux d’intérêt aujourd’hui.

Un inquiétude car cela marquerait la fin du boom des actions et le retour en force des obligations. Un changement de paradigme financier qui pourrait faire des victimes parmi les acteurs du monde de la finance qui devront modifier leurs stratégies. Le risque systémique n’est jamais loin et à ce petit jeu, les pays émergents, endettés et en souffrance  avec la chute des matières premières, apparaissent comme le détonateur idéal.

Une obligation également car avec un taux d’intérêt à 0%, l’argent coule à flot depuis des années et alimente forcément de mauvaises décisions d’investissement et donc des bulles financières. Depuis 2 ans les avertissements des financiers se font de plus en plus pressants. Difficile en effet d’anticiper le comportement de certains produits financiers à risque. Premiers concernés, les ETFs synthétiques qui se sont énormément développés depuis 2008.

Pourquoi l’inflation est-elle toujours nulle malgré les milliards déversés dans l’économie ?

C’est LA question que se posent tous les économistes du moment et qui les inquiète au plus haut point. Car en théorie, vu le niveau de croissance de l’économie américaine et les milliards injectés dans l’économie (taux à 0% et rachat d’actifs par la Fed), l’inflation aurait du repartir. Or elle est toujours bloquée à 0%. La baisse des cours du pétrole et la stagnation des salaires expliquent une partie du phénomène mais une partie seulement.

Vieillissement de la population VS excès d’épargne en Allemagne et en Chine

Les grandes figures du monde économique comme Larry Summers ou Ben Bernanke avancent chacun leur théorie mais aucune n’est totalement convaincante.

  1. L’ancien secrétaire d’État au Trésor américain Larry Summers parle de « secular stagnation »: un cycle de faible croissance et donc de faible inflation. Un cycle lié à une demande trop faible elle même provoquée par le vieillissement de la population dans les pays riches.
  2. Pour l’ancien patron de la Fed, Ben Bernanke, la croissance molle serait temporaire et liée au niveau d’épargne mondial. Pour faire simple, dans sa théorie du « saving glut », quand les Allemands et les Chinois arrêtent d’investir ou de consommer pour épargner, la croissance chute tout en augmentant les risques de bulles financières.

Summers et Bernanke s’affrontent par articles de presse et conférences interposés mais ils sont le symptôme du désarroi général des élites économiques. Incapables d’expliquer les conséquences de la politique monétaire mise en place dans l’urgence de 2008 et dont le retour à la normal fait peur.

La hausse des taux d’intérêt est-elle la cause ou la conséquence de l’inflation ?

Dans la théorie traditionnelle, c’est en jouant sur le taux d’intérêt que l’on influe sur la masse monétaire en circulation et donc sur l’inflation. Pour expliquer la faible inflation observée aux États-Unis malgré un taux de 0%, certains ont développé l’idée que le mécanisme fonctionne en réalité dans l’autre sens.

Le taux d’intérêt fonctionnerait comme un signe de confiance. En l’augmentant, la banque centrale prouverait que l’économie est solide, provoquant en cascade l’optimisme des financiers, des entreprises et des particuliers poussés à investir davantage, tirant au final l’inflation vers le haut.  C’est le raisonnement qui pousse certains économistes à militer pour une hausse des taux.

Quel impact aux Etats-unis ?

Si vous êtes aux États-Unis, le coût de vos crédits va forcément augmenter, après tout dépendra de l’ampleur de la hausse et de la rapidité avec laquelle la prochaine sera décidée.  Le cours des actions américaines risque en revanche de souffrir ces prochains mois.

Quel impact ailleurs dans le monde ?

Côté européen, la conséquence immédiate sera probablement une nouvelle baisse de l’euro par rapport au dollar. Renforçant par conséquence les actions des entreprises européennes exportatrices, en particulier les plus actives aux États-Unis. La politique monétaire de la BCE restant inchangée, il n’y aura aucune conséquence pour les prêts immobiliers ou les dettes souveraines de la zone euro.

Dernier point et peut être le plus inquiétant, les bourses et les monnaies des pays émergents risquent quand à elles de plonger. Brésil, Afrique du Sud, Chine et Russie en tête.

Pour aller plus loin:

 

 

 

 

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Chroniques

Pourquoi est-il important de fixer un prix au carbone ?

C’est probablement le sujet le plus important mais aussi le plus complexe que les États devraient traiter et pourtant il ne fait pas partie des objectifs officiels de la COP21.

Faute d’ambitions sur ce sujet, on voit mal comment les engagements qui seront pris à Paris pourraient être contraignants. Que la mobilisation soit pour une fois unanime et financée en partie par le fameux Fonds Vert et les initiatives des milliardaires du monde entier, c’est bien, mais c’est toujours insuffisant.

« Ce que l’on ne paie pas est inévitablement gaspillé ou sur-consommé »

Aujourd’hui 3 mécanismes permettent d’inciter les entreprises et les collectivités à réduire leurs émissions: taxer les revenus, taxer les produits et subventionner les projets écologiques. Ils permettent de sanctionner les pollueurs mais ne les incitent pas à réduire leurs émissions.

L’argument est simple: fixer un prix au carbone et introduire un marché correspondant permettrait de limiter la consommation d’une ressource limitée et vitale pour notre planète.

« When we drive our cars, heat our homes or use fossil fuels in more indirect ways, all of us create these costs without paying for them. It follows that we overuse these fuels. This is not some kind of government planning argument — it is the logic of the market: that which is not paid for is overuse »Larry Summers

Le mécanisme d’un marché carbone

Pour comprendre ce qui bloque, il faut d’abord comprendre comment fonctionne un marché carbone, prenons l’exemple du marché européen du carbone

Pour résumer:

  1. Une instance de régulation donne des quotas d’émissions à des entreprises polluantes
  2. Au bout d’un an, elles doivent racheter des quotas si elles ont trop pollué. A l’inverse, elles peuvent les vendre si elles ont dépassé leurs objectifs de réduction.
  3. Le surcout ou le bénéfice dépend du prix donné à 1Tonne de CO2

Le premier marché carbone a été crée aux États-Unis dans les années 90 pour réduire les émissions de dioxyde de souffre (combustion du charbon) responsables de nombreuses pluies acides. Ce fut un grand succès.

Plusieurs régions du monde on lancé leur propre marché carbone à la suite du protocole de Kyoto: l’Union Européenne, le Québec, l’Australie, la Nouvelle Zélande, la Norvège, la Suisse, la Chine (quelques provinces pilotes), la Corée du Sud, le Japon (Tokyo seulement), le Kazakhstan et les États-Unis (quelques États).

Sur chaque marché le prix de la tonne de CO2 est différent et varie entre 2€ au Kazakhstan, 5$ aux USA, 7€ en Europe, en Corée et en Nouvelle Zélande, 18€ en Australie et une 60aine€ au Japon.

Ces initiatives sont encore récentes et peuvent être largement améliorées. Le premier obstacle est le prix d’1T de CO2, souvent trop faible et peu incitatif.

Un prix mondial est-il possible ?

c’est la question centrale du débat aujourd’hui. Un prix unique permettrait de mettre en place un marché mondial du carbone dans lequel toutes les entreprises seraient contraintes de manière équitable.

L’objectif est ambitieux mais semble impossible à court-terme vu la complexité des questions à résoudre:

  • Comment harmoniser la mesure du bilan carbone ? Quelles règles de calcul ?
  • Qui fixe le prix du carbone  et attribue les quotas ? Selon quelles règles ? Comment exonérer les pays les plus pauvres ? Quels efforts demander aux secteurs les plus polluants mais tout de même nécessaires ?
  • Quelle(s) autorité(s) de régulation mettre en place ?
  • Quelle(s) plateforme(s) d’échange ?
  • Quelles sanctions contre les réfractaires ? Des barrières protectionnistes ?
  • Quel calendrier adopter ?

On comprend bien qu’un tel mécanisme ne verra pas le jour cette année.

On peut en revanche espérer que les pays les plus volontaires montrent l’exemple et décident d’améliorer, d’harmoniser et de relier les différentes initiatives régionales.

 

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